Théorie et pratique du dialogue romanesque chez Jean-Paul Sartre

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« On parle dans sa propre langue, on écrit dans une langue étrangère », nous dit Sartre dans Les Mots. Quelle langue Sartre a-t-il dès lors utilisée dans ses romans pour écrire la parole ? Pensé comme une véritable composante romanesque de la liberté, le dialogue selon Sartre répond à trois grands préceptes. En premier lieu, pour ne pas imposer au lecteur un narrateur tout-puissant et pour faire coïncider le temps du personnage avec celui du lecteur (c’est le fameux « isochronisme » genettien), Sartre refuse de condenser les propos de ses personnages. En découle une scrupuleuse utilisation du discours direct qui distingue le dialogue sartrien de celui de ses contemporains. En outre, sous l’influence de Dostoïevski, Sartre incite à recourir aux tâtonnements et au superflu de la langue parlée, et non à la vitesse et à la clarté de la langue théâtrale qui impliqueraient une irréaliste conscience du personnage à luimême. Enfin, Sartre accorde que le dialogue puisse être « pâteux », c’est-à-dire qu’il ne fasse pas avancer à tout prix l’action du roman. Cet article entend présenter la poétique sartrienne du dialogue avant d’en interroger, à partir de l’ensemble du corpus romanesque de Sartre, les implications narratologiques et stylistiques.

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An Interdisciplinary Journal of Existentialism and Contemporary Culture