Georges Davy et les Américains, ou le troisième âge du durkheimisme (1945–1955)

in Durkheimian Studies
View More View Less
  • 1 University of Burgundy jean-christophe.marcel@u-bourgogne.fr

Dans l’histoire de la discipline sociologique en France, la référence à son homologue américaine tient une place à part. Associé à la période de l’après-guerre, ce moment qualifié parfois de « reconstruction » (Besnard 1991) ou de « nouvelle fondation » (Chapoulie 1991) symbolise ce que d’aucuns considèrent comme le passage à un nouveau mode de scientificité, qui aurait été inspiré de la sociologie américaine. On peut le décrire grossièrement comme l’abandon d’un discours spéculatif durkheimien d’inspiration philosophique hérité de la Troisième République, le souci de rigueur scientifique passant désormais par l’usage de la quantification, ou par la nécessité d’aller « sur le terrain » recueillir des données. Jean Stoetzel, importateur de la méthode des sondages en France, incarne le premier mode « d’affichage » (Blondiaux 1991), tandis que les sociologues du travail, regroupés autour de Georges Friedmann, représentent le second (Chapoulie 1991). Dans les deux cas, les auteurs américains sont convoqués principalement comme pourvoyeurs de méthodes (les sondages, la sociométrie, la « dynamique des groupes »), ou aussi comme sociologues pionniers sur certains objets d’études (la sociologie industrielle, la sociologie des minorités, la sociologie urbaine, …).

En parallèle perdure néanmoins une tradition de sociologie universitaire d’inspiration philosophique, promue principalement par les figures de Georges Gurvitch et Georges Davy, tous deux enseignants à la Sorbonne, et philosophes de formation1. Pour eux aussi l’apport des Américains est convoqué, et ouvertement revendiqué, comme une ressource pour légitimer un nouveau discours sur le social. Ils vont s’avérer être aussi des « passeurs » de premier ordre (Marcel 2011). C’est la réception de la sociologie américaine par Davy qui nous intéresse ici, en tant que révélateur privilégié d’enjeux théoriques et disciplinaires du moment2. Il entame en effet dans les années 1950 une discussion théorique serrée avec ce qu’on appelle à l’époque l’anthropologie « culturelle », qui est à comprendre comme une tentative pour « psychologiser » l’héritage de Durkheim. Si l’on peut penser cette entreprise comme la volonté de proposer une théorie durkheimienne rénovée dans un champ disciplinaire balkanisé qui se pense en crise3, elle s’inscrit aussi dans un mouvement de résistance à la phénoménologie qui traverse le champ philosophique. Le discours de Davy va à ce titre rencontrer les intérêts de philosophes qui vont trouver l’occasion de se mobiliser contre cette hégémonie par une incursion dans les sciences sociales, et ainsi participer à cette tentative de « reconstruction » du durkheimisme.

Le contexte intellectuel : la sociologie et la philosophie face à la tradition phénoménologique

La sociologie comme discipline dominée

La situation institutionnellement fragile de la sociologie est redoublée dans les années 1950 par une assise intellectuelle qui paraît compromise. Dans le contexte de l’après-guerre, elle tient une place ténue dans l’espace des disciplines, face à la domination d’autres discours tels que le marxisme et l’existentialisme, qui lui dénient tout droit à tenir un quelconque discours sur le social. Cette entreprise de discrédit est illustrée de façon idealtypique par la position très offensive de Jean-Paul Sartre, au point que Jean-Daniel Reynaud écrit spécialement un article polémique en 1961, pour répondre aux attaques virulentes développées dans le livre de Sartre : Critique de la raison dialectique. Membre de l’équipe de sociologie du travail groupée autour de Friedmann, Reynaud, né en 1926, est normalien et agrégé de philosophie. Sa formation explique sans doute son intervention dans le débat. Elle prouve qu’il continuait à cultiver un intérêt pour les questions théoriques malgré son « ralliement » à l’enquête de terrain4. Sartre propose dans son livre une méthode pour refonder l’anthropologie au moyen de la dialectique, dans laquelle la sociologie n’a plus de place.

Selon lui, la raison dialectique se définirait par la volonté d’expliquer le singulier en tant que tel. Elle veut être une connaissance concrète sans renoncer à l’universalité, à la différence de la raison analytique ou positiviste (celle des sociologues et des anthropologues) qui procède par concepts universels sous lesquels on subsume un cas singulier :

Je rappelle que c’est le patronat, aux États-Unis, qui favorise cette discipline [la sociologie] et, tout particulièrement, les recherches qui visent les groupes restreints comme totalisation des contacts humains dans une situation définie.

(Sartre 1960 : 50)

Le sociologue veut « garder les bénéfices de la téléologie en restant positif, c’est-à-dire tout en supprimant ou en déguisant les fins de l’activité humaine » (ibid. : 51). Or, argumente Sartre, il n’y pas d’universel sinon singularisé dans une histoire. On ne peut pas sauvegarder « l’autonomie ontologique » du groupe en définissant son existence par « son fonctionnement » (ibid.). Toute totalisation se fait dans le temps, elle est le mouvement dialectique de la temporalisation, c’est-à-dire l’histoire. Il faut considérer des unités en train de se faire au lieu d’étudier « une relation fonctionnelle entre les parties d’un tout » (ibid.). Le sociologue manifesterait un « fétichisme de la totalisation : au lieu d’y voir le mouvement réel de l’Histoire, il l’hypostasie et la réalise en totalités déjà faites », au lieu de la considérer « comme un tout concret dynamique » (ibid.). À cela, il associe une posture intellectuelle où il croit pouvoir étudier son objet de l’extérieur, sans se situer en lui. Il ne communique avec le groupe qu’il étudie que pour s’en dégager ensuite et consigner ses « observations » dans l’objectivité. Dans ces conditions, la sociologie ne pèse pas très lourd dans les balances de la raison dialectique.

L’anthropologie ne vaut pas mieux.

On pourrait faire les mêmes reproches à cette notion de « personnalité de base » que Kardiner tente d’introduire dans le néo-culturalisme américain : si l’on veut n’y voir qu’une certaine manière dont la personne totalise la société en elle et par elle, la notion est inutile … C’est un fétiche.

(Sartre 1960 : 52)
Kardiner produirait en effet une sorte de « circularité statique » (ibid.) entre les institutions primaires, qui expriment l’action du milieu sur la personnalité, et secondaires, qui expriment la réaction de l’individu sur le milieu. Ce « costume de confection », « qui oscille entre l’universalité abstraite a posteriori et la substance concrète comme totalité faite » (ibid.) ne sert à rien pour montrer comment l’individu se fait grâce aux institutions primaires, en les dépassant, car elle arrête l’histoire en la réduisant à une série de discontinuités.
De même les structures de parenté que Lévi-Strauss croit mettre en évidence ne sont que des ossatures mathématiques dépouillées de leur interprétation dialectique.

Bref il ressemble à ces flics que le cinéma nous propose souvent pour modèle et qui gagnent la confiance d’un gang pour mieux le donner.

(Sartre 1960 : 51)
Reynaud dénonce dans cette démarche,

sa faiblesse logique. Qu’on puisse monter un mécanisme bien huilé sur le jeu des contradictions, on le savait déjà depuis la Phénoménologie de l’esprit.

(Reynaud 1961 : 56).
En somme, l’adversaire est un raisonnement phénoménologique qui pêche par excès d’idéalisme en mobilisant une « forme pure de la dialectique » (ibid. : 63) qui détourne d’étudier « les faits pour trouver le moyen d’en rendre compte » et se retrouve « si pure qu’elle est vide » (ibid. : 62–63).

La charge de Reynaud, symptomatiquement, paraît après que la discipline ait fini par assurer son assise institutionnelle, notamment après la création de la licence de sociologie (1958) et de la Revue Française de Sociologie (1960). Le moment semblait venu de combattre frontalement le magistère que le raisonnement phénoménologique entendait établir sur les sciences humaines.

L’hégémonie de la phénoménologie dans le champ de la philosophie

Cette opposition n’est pas nouvelle. Notamment depuis les prétentions affichées par les durkheimiens pour revendiquer l’explication des phénomènes humains, l’existence des sciences sociales est perçue par les philosophes comme un défi. Aussi une partie d’entre eux s’efforce-t-elle d’opposer les ressources d’une discipline supérieure aux prétentions exorbitantes d’une discipline dominée. L’importation de la philosophie allemande dans l’entre-deux guerres est à comprendre ainsi. Par exemple, de jeunes anticonformistes proches du Parti communiste français (PCF) comme Paul Nizan et Georges Politzer investissent le champ de l’anti-objectivisme en se référant à des figures tragiques telles que Nietzsche ou Kierkegaard. Dans les années 1950, la phénoménologie, poursuivant ce mouvement, devient en France un des instruments de domination théorique dans le champ philosophique (Pinto, 2009). L’exégèse des textes de Husserl ou de Hegel (par Maurice Merleau-Ponty et Alexandre Kojève par exemple) permet une distance et une « pureté » qui autorisent à rejeter toute forme de réductionnisme dont la sociologie est accusée. Cette stratégie procurerait un surcroît d’intelligibilité à des disciplines qui seraient aveugles sur elles-mêmes. Rompre avec la logique de l’objectivation scientifique supposerait inventer une logique spécifique, fondamentale et fondatrice qui permettrait d’accéder à une zone libérée de l’homogénéité du vulgaire, où sont mobilisés l’intuition, les sentiments, la grandeur d’âme… Bref, le raisonnement dialectique épouserait la richesse du réel « concret » dont l’intelligibilité est d’ordre interne, à la différence du raisonnement formel, qui consiste à dégager, à partir d’un ensemble de données empiriques soumises à des opérations d’abstraction et de décomposition, une architecture de lois générales exposées à l’épreuve de la vérification. C’est dans la lignée de cet hégélianisme qu’il faut comprendre la position de Sartre qui n’ignore pas la réalité objective dont traitent les sociologues, mais la relègue à un statut subalterne, celui d’un objet fragmentaire et incomplet, pour une discipline auxiliaire : car sans un effort réel de totalisation, ses données ne prendront aucun sens. En somme, il s’agit pour Sartre de « rendre compte du mode d’insertion du singulier dans le collectif et dans l’universel. La terminologie de la “totalisation” offrait la nouvelle formulation indispensable » (1960 : 109). L’objet du savoir par excellence n’est pas une totalité donnée (une institution, une classe) c’est la pratique en voie d’accomplissement d’un sujet en situation.

Or, c’est ce leitmotiv théorique et épistémologique – expliquer la singularité en rendant compte de son insertion dans la totalité – qui hante aussi la littérature sociologique de cette période, tous « courants » confondus (Marcel 2011 et Marcel 2017, à paraître). C’est aussi à la lumière de cette exigence qu’il faut comprendre la position de Davy.

La réception des Américains par Davy

Les arguments de Davy

L’intérêt de Davy, qui se serait proclamé « l’instigateur de l’intérêt en France pour “la personnalité de base” » (d’après Stoetzel 1976 : 163), pour l’anthropologie culturelle s’exprime dès la première livraison de L’Année Sociologique comme une réaction contre ce qu’il associe sans surprise à la phénoménologie, qu’il fustige à travers les personnes d’Eric Dardel et Jules Monnerot5. L’intérêt pour le concept de culture découle de ce que Durkheim, quand il annonçait traiter les faits sociaux comme des choses, n’en a pas pour autant éliminé le « caractère humain » selon Davy. Il s’agit donc, en combinant Durkheim et Kardiner, de défendre une forme de scientificité qui s’oppose à la pure compréhension « toute nue et immédiate » (Davy 1949 : 185). En prenant appui sur l’article de Durkheim de 1898, « Représentations individuelles et représentations collectives », il argumente que si les structures peuvent modeler la mentalité, cette dernière est susceptible d’évoluer indépendamment de la dite structure. Le social est à comprendre comme un phénomène humain qui reflète une association des consciences. En ce sens, l’ostracisme de Durkheim vis-à-vis de l’individu lui paraît « bien plus de méthode que de doctrine » (ibid. : 186). À la lecture de The Cultural Background of Personnality de Ralph Linton, ou de The Study of a Man d’Abram Kardiner, il appuie la légitimité d’une démarche qui consisterait à réintégrer le facteur individuel dans une compréhension à la fois objective et explicative du tout social. En somme, ces travaux ouvrent la voie à un programme suggéré par Durkheim quand il quitte une explication morphologique et mécaniste et laisse la conscience collective « prendre de la hauteur pour assumer sa transcendance » et filtrer le caractère spécifiquement humain des phénomènes sociaux issus de cette association des consciences individuelles (ibid). En somme, il propose de réinterpréter ce que Durkheim nommait « l’hyperspiritualité ».

Pour étayer son argumentation, Davy fait un parallèle avec la pensée de Georges Mead, qui dans Mind, Self and Society réussit selon lui à briser l’antithèse entre l’individu et la société en livrant une théorie de ce qu’il perçoit comme une causalité réciproque de l’individu à la société, et qui intègre l’action individuelle dans l’explication sociologique et le facteur social dans l’explication psychologique. Linton et Kardiner règlent cette question des rapports entre personnalité individuelle et groupe par des processus psychologiques qui font que l’idée de Soi est acquise par la médiation d’autrui6. Bref, ils ont gommé le hiatus entre individu et société, et achevé plus complètement leur conjonction en montrant

qu’il existe, entre la structure et les conditions du milieu, et en particulier de l’ambiance familiale, d’une part, et la structure de la personnalité type de l’individu qu’on y rencontre normalement, une influence causale réciproque : par une sorte de chassé-croisé, personnalité et milieu se créent réciproquement à l’image l’un de l’autre …

(Davy 1949 : 194).
Le concept de personnalité de base, impulsant une « dialectique psychodynamique et sans cesse agissante » (ibid. : 195), apparaît « la formule la plus satisfaisante pour définir la part de l’individu et du milieu dans le devenir humain » (ibid. : 196). À condition d’être interprétée « d’une façon nettement sociologique » (ibid. : 191) comme chez Kardiner, elle est riche d’enseignements, car elle a mis au jour les « conditions structurelles de base qui font, dans le champ social total, le facteur individuel et le facteur social indissolublement liés » (ibid. : 193). Le concept de culture est donc convoqué pour sauvegarder la spécificité du social que Davy refuse de penser comme un phénomène interpsychique. La prise en compte du point de vue individuel est légitime, mais dans une perspective analytique et pour autant qu’elle permet au savant des prises de vue objectives sur la totalité de la société. C’est là un moyen de concilier les apports de la psychologie et de la sociologie, une voie pour reconstruire à moindres frais l’explication objective du social, et saisir dans la foulée la dynamique des sociétés, leur histoire : la culture par exemple oriente les désirs en affectant la façon dont on use de l’alcool, elle permet d’expliquer à un moment donné ce qu’est l’américanisme… En matière de méthode, si Davy accepte l’utilisation des méthodes par questionnaire et interview, et les salue comme « une méthode devenue vraiment fondamentale », représentatives d’une « new sociology » telle qu’elle se pratique aux États-Unis, il n’en reste pas moins vrai que si les systèmes de relations entre agents de l’action sont interindividuels, ils ne se nouent qu’au sein des structures qui les enserrent (Davy 1956 : 169–170).
La réception de Mikel Dufrenne

Or, cette proposition d’interprétation trouve son prolongement dans le travail de Mikel Dufrenne, dont le livre sur la personnalité de base (1953) est dédié à Davy. Né en 19107, Dufrenne est un philosophe, spécialiste d’esthétique. Ancien élève de l’ENS, agrégé de philosophie, à la fin des années 1940 il est moniteur à la Sorbonne et diffuse un cours polycopié intitulé « Sociologie et phénoménologie », dans lequel il essaie de démontrer comment la phénoménologie peut inspirer une certaine conception de la sociologie. Plus tard, nommé professeur à l’Université de Poitiers en 1953, il devient spécialiste de Karl Jaspers. Son incursion dans la sociologie, manifestement favorisée par Davy, en fait un « passeur » au statut privilégié. Il s’y impose comme expert de la sociologie allemande et de la sociologie américaine, comme le montrent ses comptes rendus publiés dans la section de « Sociologie générale » de l’Année Sociologique, qu’il dirige avec Davy de 1951 à 1954. Dufrenne précise le point de vue de Davy en présentant les travaux de Kardiner comme relevant d’une discipline qui a le mérite d’inciter à se coordonner diverses sciences de l’homme. L’anthropologie culturelle fournit donc des éléments pour repenser les frontières et la collaboration entre disciplines, tout en sauvegardant la vision durkheimienne de la suprématie de la sociologie. L’intérêt de Dufrenne est d’apporter un surcroît d’arguments, et une caution philosophique à cette entreprise. Son raisonnement se développe comme suit.

Dans la mesure où l’individu est porteur de la culture, elle s’accomplit en lui, se transmet par lui, et se transforme grâce à lui. Du coup, l’attention peut se porter sur les rapports que l’individu entretient avec la culture. Car c’est la relation réciproque entre culture et personnalité qui mérite une étude poussée, dans la mesure où la première est un tout, qui peut être référé à la seconde qui la vit de fait comme une totalité. Entre société et personnalité, on peut instituer une analogie car les deux sont identifiables et intelligibles comme totalités. Dans cette perspective, les parties (les personnalités porteuses de la culture) sont homogènes et ne prennent un sens que par rapport au tout (la culture) à qui elles sont consubstantielles.

On en déduit le statut des institutions, qui s’imposent aux hommes mais reflètent aussi ce qu’ils pensent et font. Le but est alors de voir comment la culture agit sur l’individu pour le former comme dans les travaux sur l’éducation de Margaret Mead, et comment l’individu peut réagir à la culture pour la modifier, comme dans la psychologie de Lewin. C’est ce double rapport aux institutions qui façonne la personnalité de base, laquelle permet d’appréhender la culture dans sa totalité. Dufrenne propose dès lors pour les institutions primaires une sociologie objective qui énonce les faits sociaux, et pour les secondaires une sociologie psychologique qui se propose de comprendre l’unité de la culture comme vécue. Explication d’un côté, et compréhension de l’autre. L’un ne va pas sans l’autre car la compréhension de la culture dans son unité à travers la personnalité de base suppose que cette dernière soit saisie d’abord comme l’effet de la causalité du primaire.

L’anthropologie culturelle appelle de ce fait à une nouvelle collaboration entre les disciplines. L’anthropologie sociale telle que la conçoit Kardiner est une « sociologie psychologique ». Les travaux de ses collègues culturalistes, Margaret Mead, Ruth Benedict, Clyde Kluckhohn, Alexander Leighton, et, dans le cercle plus élargi des psychologues, Erik Erikson et Erik Fromm, sont révélateurs du saut conceptuel opéré pour jeter un pont entre sociologie et psychologie, qu’il importe de préciser. Il faut en effet définir et clarifier l’appareil conceptuel qui permettra de constituer cette discipline car « ces concepts ne sont pas toujours clairement élucidés aux États-Unis … comme si la pratique scientifique y devançait la théorie, mais sans parvenir toujours, faute de maîtriser ces concepts, à dominer leurs résultats » (Dufrenne 1953 : 13). On retrouve très souvent aussi ce leitmotiv à l’époque dans la littérature sociologique : si les méthodes ou les intuitions épistémologiques des Américains sont dignes d’intérêt, il importe de combler les lacunes conceptuelles dont ils font preuve. Cette idée d’une « unité » de la culture renvoie à un souhait que partageait Davy de penser les sciences sociales comme unifiées. Dans cet édifice, la sociologie garde pour tâche de penser l’immanence du tout aux parties, et à ce titre c’est à la notion de personnalité que celle de totalité s’applique le plus aisément. Il s’agit donc d’instrumentaliser les apports de la psychologie pour comprendre le fonctionnement d’une personnalité de base (qui se façonne à coup de refoulements, angoisses, frustrations…) dans la perspective de brosser le portrait d’une mentalité qui dit l’essentiel sur ce qu’est une société. Ainsi « l’esprit dyonisien » est-il le résultat du façonnement de la personnalité par les relations sociales agonistiques marquées du sceau du potlatch. Est sauvegardé le primat de la sociologie comme science de synthèse, et une solution est apportée aux rapports entre sociologie et psychologie.

En bref, Dufrenne, phénoménologue dissident, étaie le programme de Davy en proposant une réflexion théorique susceptible de promouvoir une conception intersubjective à même de fonder une sociologie positive sans trop hypostasier la conscience collective, et en même temps une « sociologie psychologique » susceptible de combattre la phénoménologie sur son propre terrain. L’anthropologie culturelle donne des outils pour orienter la sociologie vers cette perspective plus compréhensive. Traiter psychologiquement des faits culturels ne requiert pas d’introduire dans l’étude du social l’individu comme tel, ce qui relève de la psychologie sociale, « mais l’humain, afin de comprendre le social non seulement comme ce qui se réalise à travers des hommes, mais comme ce qui est vécu et agi par eux » (Dufrenne 1952 : 27). La culture étant l’aspect humain du social, la position défendue par Kardiner permet de dépasser ce qui est présenté comme une aporie : déshumaniser le social pour le saisir dans sa spécificité ou réintroduire l’humain dans le social pour le saisir comme vécu.

L’anthropologie culturelle américaine était probablement une ressource suffisamment souple pour offrir des pistes de réflexion dans cette entreprise de reconstruction théorique. Elle autorisait des emprunts et des interprétations relativement libres, susceptibles d’être adaptés aux questionnements hexagonaux. C’était par ailleurs une science sociale « fréquentable » d’un point de vue idéologique, à la différence de la sociologie parsonienne par exemple, dénoncée comme « réactionnaire » par Gurvitch et Alain Touraine. De ce point de vue, le concept de culture et tous ses avatars étaient suffisamment flous et malléables pour traiter d’objets d’actualité sans donner l’impression de « s’inféoder » ni théoriquement ni idéologiquement.

Davy, Gurvitch et les autres

À noter que cette entreprise de « psychologisation » de la sociologie est aussi présente à l’autre pôle principal de la sociologie universitaire, incarné par Gurvitch et sa revue : les Cahiers internationaux de Sociologie8.

On ne s’étonnera pas d’y trouver le même Dufrenne, dont la présence s’explique par sa proximité antérieure avec Gurvitch, qui l’aurait pris pour tenir le secrétariat des Cahiers internationaux de Sociologie à son retour de captivité (Tréanton 1991 : 390), et ceci jusqu’en 1948, avant qu’il ne « passe » chez Davy si l’on peut dire9. Parmi les collaborateurs dont s’entoure Gurvitch, on trouve aussi le philosophe Claude Lefort, disciple de Merleau-Ponty, qui est le deuxième exégète du culturalisme dans les Cahiers.

Ce qui se passe autour de Gurvitch s’apparente à la tentative de Davy : la littérature américaine (pas seulement culturaliste) est fort bien connue de toute l’équipe réunie autour de lui, qui réfléchit aussi sur les rapports entre disciplines et la scientificité des sciences sociales. En effet, Gurvitch, qui est lui-même un excellent connaisseur de la philosophie phénoménologique (et allemande en général), entend reconstruire « l’explication en sociologie » et propose une théorie générale où la société est perçue perpétuellement en mouvement, mue par des « forces volcaniques ». Un des moyens d’observer ce mouvement est d’identifier des « phénomènes sociaux totaux »10, comme l’émergence d’une classe sociale, qu’il s’agira d’observer à différents niveaux de la réalité sociale (du micro au macrosocial) : les « paliers en profondeur » (la surface morphologique ou écologique par exemple). Cette observation doit permettre au sociologue de constater à tous les niveaux de la réalité sociale – tous les paliers – la « réciprocité des perspectives » qui pose que consciences individuelles et consciences de groupes sont immanentes (Gurvitch 1950). L’enjeu est donc de théoriser cette « immanence » entre l’individuel et le collectif, comme toujours afin d’expliquer les faits individuels rapportés à la totalité de la société. Ainsi s’explique entre autres la polémique que Gurvitch initie à l’encontre de Lévi-Strauss pour critiquer férocement le concept de « structure sociale », concurrent de celui de « palier » de ce point de vue, et la profonde aversion qu’il manifeste aussi pour la théorie de l’action de Parsons qui donne une réponse à cette question et le concurrence de ce point de vue (Marcel 2004b). Manquent toutefois à Gurvitch des outils efficaces pour l’abstraction analytique afin de compléter son édifice, ce qu’il nomme une « microsociologie » susceptible d’étudier les phénomènes sociaux au niveau « intermental » des relations entre individus dans les petits groupes. Ainsi s’explique, par exemple, son engouement pour la sociométrie de Moreno (Gurvitch 1947).

La question de l’explication dans les sciences humaines telle que la pose Gurvitch croise donc les préoccupations de Davy. Si bien que, de façon similaire, les auteurs américains paraissent incontournables aux contributeurs des Cahiers internationaux de Sociologie réunis autour de lui, qui comptent, sans surprise, nombre de philosophes de formation devenus spécialistes dans une discipline étudiant le social (Roger Bastide, Georges Balandier, Jean Cazeneuve, Jean Maisonneuve…). Leur réception de la sociologie américaine dans cette revue est avant tout théorique, à de rares exceptions11. Ils incarnent aussi la sociologie universitaire de la Sorbonne12. Leurs contributions relèvent pour partie de textes qui essaient, à partir d’un examen critique des théories américaines, de chercher des éléments susceptibles d’aider à poser les fondements d’une sociologie plus psychologique. Ils ont aussi pour sujets des réflexions plus générales, sur la causalité en sociologie (Bastide), ou la connaissance (Cazeneuve). Pour eux, comme pour Davy et Gurvitch, la production américaine est une sorte de boîte à outils épistémologique, dont il faut néanmoins circonscrire les limites pour en améliorer les performances. La tentative de rénovation de la sociologie durkheimienne par Davy, devenu néanmoins à cette époque un général entouré de biens peu de troupes, s’inscrit donc dans des débats brûlants qui traversent les sciences sociales de l’époque. Et, si l’on compare le traitement qui en est fait dans L’Année sociologique et les Cahiers internationaux de sociologie, on constate de nombreuses convergences dans le choix des auteurs recensés (ainsi il y a eu aussi un « moment culturaliste » dans les Cahiers) et dans les préoccupations théoriques que manifestent les contributeurs (Marcel 2017, à paraître).

Conclusion

L’intérêt manifesté par Davy pour les auteurs américains appartenant au courant de l’anthropologie culturelle a servi à alimenter une réflexion plus générale sur la manière qu’a l’individu de vivre son appartenance et sa participation à la vie sociale. Participation qui ne prend sens que dès lors qu’elle est rapportée à l’ensemble du milieu social dans lequel elle s’inscrit : dans la perspective durkheimienne qui est la sienne, ce mot d’ordre faisait sens. À ses yeux, il faut rendre la sociologie plus psychologique, tout en se donnant les moyens de restituer la signification vécue de ces faits « psychologiques » en la rapportant à la totalité du milieu social. Tel est l’impératif épistémologique que tous les sociologues du moment partagent, et qui se comprend comme la nécessité de combattre sur son propre terrain la position hégémonique de la philosophie phénoménologique pour sortir la sociologie de la crise paradigmatique dans laquelle elle est engluée.

La réponse de Davy est une entreprise de rénovation de la sociologie durkheimienne, à un moment de « flottement » épistémique et théorique précédant une reconfiguration du champ disciplinaire et intellectuel, alors que la lutte pour la définition légitime de l’explication sociologique et du métier de sociologue se double d’une réflexion sur ce qu’est le social et sur comment on doit l’étudier. Les années 1950, au prisme de la réception de la sociologie américaine, sont comme un moment d’incertitude pendant lequel la sociologie durkheimienne « historique » joue son dernier va-tout, avant que ne soit entérinée une situation dans laquelle il est admis que chacun laboure son champ et avant qu’avec la diffusion de la réception d’un auteur comme Weber par Raymond Aron, la sociologie française ne s’invente de nouveaux « classiques » qui vont conférer à la « théorie sociologique » une légitimité neuve (Gemperlé 2008).

Ce « troisième âge » de la sociologie durkheimienne peut enfin être rapporté à l’évolution de la discipline sociologique sur la longue durée, et à la lumière de ses rapports avec la philosophie. En effet, la réception de Davy perpétue des évolutions déjà amorcées durant la période précédente. On peut considérer que dès l’entre-deux guerres Halbwachs et Mauss prolongent la théorie des représentations collectives en réfléchissant à ce que pourrait être une « psychologie collective » plus susceptible de rendre compte de la façon dont les individus, en vivant leur appartenance au groupe, développent des états psychiques et physiques particuliers (Marcel 2001b, 2004a).

Bien plus, cette volonté de rendre la sociologie plus psychologique, partagée dans les années 1950 par d’autres « sociologues-philosophes », commence même peut-être avant, à la fin du dix-neuvième siècle, quand la philosophie universitaire – dont la sociologie est la fille – se structure sur une opposition fondatrice entre discours de l’expérience intérieure et explication positive du monde phénoménal (Fabiani 1988 : 160). Tout se passe comme si ce discours sociologique en quête de scientificité était toujours traversé par cette antinomie, et cherchait encore à cette époque à franchir le pas qui le ferait basculer plus complètement dans un type d’analyse plus « phénoménologique » des faits sociaux. Il est probable que cette antinomie ait été alors d’autant plus fortement réactivée et ressentie par ceux qui peuplaient le champ des sciences sociales, que la phénoménologie et ses avatars s’imposaient comme références incontournables.

Notes

1

Gurvitch est nommé en 1948 sur l’ancienne chaire d’Halbwachs, Davy pour sa part occupe celle « d’Histoire d’économie sociale » (1944–1946), puis une chaire de Sociologie (depuis 1946) qui disparaît après son départ à la retraite, en 1956.

2

On peut dire à certains égards la même chose de Gurvitch, quoique pour d’autres raisons (cf. Marcel 2001a).

3

Après 1945, la sociologie française est balkanisée, fractionnée en plusieurs « équipes » de recherche concurrentes groupées autour de « patrons » (Clark 1973) qui ont fait leurs débuts avant la guerre : Davy, Friedmann, Gurvitch, Stoetzel, Lévy-Bruhl, et plus tardivement Aron. Tous sont plus ou moins en lutte pour la définition légitime de l’analyse sociologique.

4

Ce fameux « terrain » faisait partie du « pacte intellectuel » qui les réunissait autour de Friedmann dans l’équipe de sociologie du travail (cité par Borzeix et Rot 2010 : 259). Malgré ce choix méthodologique, les profils de chercheurs comme Reynaud, Friedmann et Touraine (ce dernier était historien de formation) satisfaisaient à des critères d’excellence (École normale, agrégation) qui les portaient à ne jamais s’éloigner tout à fait du monde académique et des débats théoriques qui le traversaient. Reynaud a par ailleurs traduit des textes de Sorokin.

5

Auteur du fameux pamphlet antidurkheimien, Les Faits sociaux ne sont pas des choses (Paris : Gallimard, 1946). La deuxième série de recensions consacrée à ce thème sous la plume de Davy est publiée dans le volume de 1951, et inclut significativement un livre de Merleau-Ponty (Davy 1953). À noter que dans ce contexte de l’après-guerre, cette offensive contre la phénoménologie est aussi vécue comme l’expression d’un patriotisme anti-allemand. Armand Cuvillier, philosophe qui gravite un temps dans la mouvance de Gurvitch et se réclame de Mauss et de Simiand, utilise ces références pour les opposer en bloc à la phénoménologie, à Weber et Von Wiese, dont il dénonce les accointances avec l’idéologie fasciste : « Le pays n’est plus occupé par des uniformes verts, mais la pensée française est occupée par des formules made in Germany. Fils de Husserl, donnez-nous notre pain quotidien » (Cuvillier 1953 : 80–81).

6

Mead, pour sa part, vise à établir que l’idée de soi est acquise par la médiation d’autrui à travers les trois étapes du jeu libre, du jeu réglementé et de l’autrui généralisé.

7

Et mort en 1995.

8

Fondée en 1946.

9

Les renseignements manquent sur les relations qu’entretenaient Davy et Gurvitch. Il semble qu’il y ait eu entre eux à la Sorbonne une entente minimale pour maintenir un certain statu quo. En cela, Davy prolongeait sans doute l’attitude de « neutralité bienveillante » que les durkheimiens manifestaient déjà avant la guerre à l’égard de Gurvitch.

10

On notera au passage la référence à Mauss.

11

Balandier par exemple tente plus de montrer comment on peut appliquer le produit de cette réflexion à ses recherches ethnographiques de terrain.

12

Roger Bastide était agrégé de philosophie (1924), il fut nommé professeur d’ethnologie et de sociologie religieuse à la Sorbonne (1950) après avoir occupé la chaire de sociologie de l’Université de Sao Paulo. Jean Cazeneuve a un parcours proche : il est lui aussi philosophe de formation, nommé (plus tardivement, en 1965) professeur de sociologie à la Sorbonne. Maisonneuve, agrégé de philosophie, soutient en 1966 une thèse de psychologie sociale sur les affinités sous la direction de J. Stoetzel et D. Lagache. Il est un moment dans la mouvance du Centre d’études sociologiques dans le réseau de relations constitué autour de G. Gurvitch (Heilbron 1991 : 375).

Références

  • Besnard, P. 1991. « Présentation », Revue française de sociologie 32(3) : 319320.

  • Blondiaux, L. 1991. « Comment rompre avec Durkheim ? Jean Stoetzel et la sociologie française de l’après-guerre (1945–1958) », Revue française de sociologie 32(3) : 411441.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Borzeix, A. et Rot, G. 2010. Genèse d’une discipline, naissance d’une revue. Sociologie du travail. Paris : Presses universitaires de Paris Ouest.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Chapoulie, J-M. 1991. « La seconde fondation de la sociologie française, les États-Unis et la classe ouvrière », Revue française de sociologie 32(1) : 321364.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Clark, T.N. 1973. Prophets and Patrons. The French University and the Emergence of the Social Sciences. Cambridge, Mass.: Harvard University Press.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Cuvillier, A. 1953. Où va la sociologie française ? Paris : M. Rivière.

  • Davy, G. 1949. « Sur les conditions de l’explication sociologique et la part qu’elle peut faire à l’individuel », L’Année sociologique 19401948 : 182196.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Davy, G. 1953, « Problèmes généraux. Le problèmes des influences culturelles, comptes rendus de Znaniecki F., Cultural Sciences, Their Origins and Development, 1952, Mackenroth G., Sinn und Ausdruck in der Sozialen Formenwelt, 1952, Williams Robin M., American Society : A Sociological Interpretation, 1951, Patrick Clarence H., Alcohol Culture and Society, 1952, Barton Perry R., Puritanisme et Démocratie, 1952, Klineberg O., États de tension et compréhension internationale, Griaule M., Baruk H., Merleau-Ponty et al., La Connaissance de l’homme au XXe siècle, 1951, Lowie R., Social Organization, 1948 », L’Année sociologique 1951 : 95103.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Davy, G. 1956. « Compte rendu de Becker Howard, Gillin John, Parsons Talcott and al., For a Science of Social Man : Convergence in Anthropology, Psychology and Sociology, 1953 », L’Année sociologique 195354: 172173.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Dufrenne, M. 1952, « Coup d’œil sur l’anthropologie culturelle américaine », Cahiers internationaux de sociologie 12 : 2646.

  • Dufrenne, M. 1953. La Personnalité de base. Un concept sociologique. Paris : Presses universitaires de France.

  • Durkheim, É. 1898. « Représentations individuelles et représentations collectives », Revue de métaphysique et de morale VI : 273302.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Fabiani, J-L. 1988. Les Philosophes de la République. Paris : Les Éditions de Minuit.

  • Gemperlé, M. 2008. « La fabrique d’un classique français : le cas de “Weber” », Revue d’histoire des sciences humaines 18 : 159177.

  • Gurvitch, G. 1947, « Microsociologie et Sociométrie », Cahiers internationaux de sociologie 3 : 2467.

  • Gurvitch, G. 1950. La Vocation actuelle de la sociologie. Paris : Presses universitaires de France.

  • Heilbron, J. 1991. « Pionniers par défaut ? Les débuts de la recherche au Centre d’études sociologiques », Revue française de sociologie 32(3) : 365379.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Marcel, J-C. 2001a. « Georges Gurvitch : les raisons d’un succès », Cahiers internationaux de sociologie CX : 97119.

  • Marcel, J-C. 2001b. Le Durkheimisme dans l’entre-deux guerres. Paris : Presses universitaires de France.

  • Marcel, J-C. 2004a. « Mauss et Halbwachs : vers la fondation d’une psychologie collective », Sociologie et sociétés XXXVI (2) : 7390.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Marcel, J-C. 2004b. « La réception de Parsons dans la sociologie française de l’après-guerre », Durkheimian Studies 10, n. s. : 3855.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Marcel, J-C. 2011, « La réception de la sociologie américaine en France, 1945–1960 », Revue européenne des sciences sociales 49(2) : 197230.

  • Marcel, J-C. 2017 (à paraître). Reconstruire la sociologie avec les Américains. La réception de la sociologie américaine en France (1945–1965). Dijon : Éditions universitaires de Dijon.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Pinto, L. 2009. La Théorie souveraine. Paris : Cerf.

  • Reynaud, J-D. 1961. « Sociologie et “raison dialectique” », Revue française de sociologie 2(1) : 5066.

  • Sartre, J-P. 1960. Critique de la raison dialectique. Paris : Gallimard.

  • Stoetzel, J. 1976, « Georges Davy 1883 – 1976 », Revue française de sociologie 18(2): 157163.

  • Tréanton, J-R. 1991. « Les premières années du Centre d’Études Sociologiques », Revue française de sociologie 32(3) : 381404.

Abstract

The reception of American sociology in post-war France is often associated with an abandonment of the philosophically rooted, grand theoretical interests of Durkheimian social science, in favour of much more empirical concerns, whether with the quantitative surveys championed by Jean Stoetzel or the more qualitative fieldwork studies advocated by Georges Friedmann. At the same time, however, there was not just a continuation but a revival of an older, philosophically inspired socio-logical tradition, amounting to a new, ‘third age’ of Durkheimianism. This movement was especially led, in their own particular yet interrelated ways, by Georges Davy and Georges Gurvitch, but also involved the key figure of Mikel Dufrenne, who collaborated with both of them. A fundamental aim was to develop a new discourse of the social that ‘psychologized’ the Durkheimian legacy, and an essential strategy in doing so was to draw on Americans such as Abram Kardiner, whose idea of a ‘basic personality’ was taken up in Dufrenne’s book La Personnalité de base (1953). The project of a rapprochement between sociology and psychology can be traced back to the efforts of Mauss and others in the inter-war years, but also has origins in concern, in Durkheim’s own intellectual milieu, with an antinomy between the phenomenal world’s explanation and internal experience. Even so, a whole set of new challenges to the Durkheimian tradition had developed by the 1950s. These included Hegelianized forms of Marxism, the spread of interest in Weber and, again via Germany, the rise of phenomenology not only as post-war France’s hegemonic philosophy but also, especially in the work of Sartre, as radically anti-sociological. The Americans were a vital resource in helping to fight off this challenge.

Keywords American post-war sociology, Durkheimism, French post-war sociology, Georges Davy, Jean-Paul Sartre

Contributor Notes

Jean-Christophe Marcel est professeur des universités en sociologie à l’Université de Bourgogne. jean-christophe.marcel@u-bourgogne.fr

Durkheimian Studies

Études Durkheimiennes

  • Besnard, P. 1991. « Présentation », Revue française de sociologie 32(3) : 319320.

  • Blondiaux, L. 1991. « Comment rompre avec Durkheim ? Jean Stoetzel et la sociologie française de l’après-guerre (1945–1958) », Revue française de sociologie 32(3) : 411441.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Borzeix, A. et Rot, G. 2010. Genèse d’une discipline, naissance d’une revue. Sociologie du travail. Paris : Presses universitaires de Paris Ouest.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Chapoulie, J-M. 1991. « La seconde fondation de la sociologie française, les États-Unis et la classe ouvrière », Revue française de sociologie 32(1) : 321364.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Clark, T.N. 1973. Prophets and Patrons. The French University and the Emergence of the Social Sciences. Cambridge, Mass.: Harvard University Press.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Cuvillier, A. 1953. Où va la sociologie française ? Paris : M. Rivière.

  • Davy, G. 1949. « Sur les conditions de l’explication sociologique et la part qu’elle peut faire à l’individuel », L’Année sociologique 19401948 : 182196.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Davy, G. 1953, « Problèmes généraux. Le problèmes des influences culturelles, comptes rendus de Znaniecki F., Cultural Sciences, Their Origins and Development, 1952, Mackenroth G., Sinn und Ausdruck in der Sozialen Formenwelt, 1952, Williams Robin M., American Society : A Sociological Interpretation, 1951, Patrick Clarence H., Alcohol Culture and Society, 1952, Barton Perry R., Puritanisme et Démocratie, 1952, Klineberg O., États de tension et compréhension internationale, Griaule M., Baruk H., Merleau-Ponty et al., La Connaissance de l’homme au XXe siècle, 1951, Lowie R., Social Organization, 1948 », L’Année sociologique 1951 : 95103.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Davy, G. 1956. « Compte rendu de Becker Howard, Gillin John, Parsons Talcott and al., For a Science of Social Man : Convergence in Anthropology, Psychology and Sociology, 1953 », L’Année sociologique 195354: 172173.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Dufrenne, M. 1952, « Coup d’œil sur l’anthropologie culturelle américaine », Cahiers internationaux de sociologie 12 : 2646.

  • Dufrenne, M. 1953. La Personnalité de base. Un concept sociologique. Paris : Presses universitaires de France.

  • Durkheim, É. 1898. « Représentations individuelles et représentations collectives », Revue de métaphysique et de morale VI : 273302.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Fabiani, J-L. 1988. Les Philosophes de la République. Paris : Les Éditions de Minuit.

  • Gemperlé, M. 2008. « La fabrique d’un classique français : le cas de “Weber” », Revue d’histoire des sciences humaines 18 : 159177.

  • Gurvitch, G. 1947, « Microsociologie et Sociométrie », Cahiers internationaux de sociologie 3 : 2467.

  • Gurvitch, G. 1950. La Vocation actuelle de la sociologie. Paris : Presses universitaires de France.

  • Heilbron, J. 1991. « Pionniers par défaut ? Les débuts de la recherche au Centre d’études sociologiques », Revue française de sociologie 32(3) : 365379.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Marcel, J-C. 2001a. « Georges Gurvitch : les raisons d’un succès », Cahiers internationaux de sociologie CX : 97119.

  • Marcel, J-C. 2001b. Le Durkheimisme dans l’entre-deux guerres. Paris : Presses universitaires de France.

  • Marcel, J-C. 2004a. « Mauss et Halbwachs : vers la fondation d’une psychologie collective », Sociologie et sociétés XXXVI (2) : 7390.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Marcel, J-C. 2004b. « La réception de Parsons dans la sociologie française de l’après-guerre », Durkheimian Studies 10, n. s. : 3855.

    • Crossref
    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Marcel, J-C. 2011, « La réception de la sociologie américaine en France, 1945–1960 », Revue européenne des sciences sociales 49(2) : 197230.

  • Marcel, J-C. 2017 (à paraître). Reconstruire la sociologie avec les Américains. La réception de la sociologie américaine en France (1945–1965). Dijon : Éditions universitaires de Dijon.

    • Search Google Scholar
    • Export Citation
  • Pinto, L. 2009. La Théorie souveraine. Paris : Cerf.

  • Reynaud, J-D. 1961. « Sociologie et “raison dialectique” », Revue française de sociologie 2(1) : 5066.

  • Sartre, J-P. 1960. Critique de la raison dialectique. Paris : Gallimard.

  • Stoetzel, J. 1976, « Georges Davy 1883 – 1976 », Revue française de sociologie 18(2): 157163.

  • Tréanton, J-R. 1991. « Les premières années du Centre d’Études Sociologiques », Revue française de sociologie 32(3) : 381404.

Metrics

All Time Past Year Past 30 Days
Abstract Views 0 0 0
Full Text Views 53 33 1
PDF Downloads 19 15 1