Abstract

This article discusses the relationships between sociology and psychology through the dialogue between Georges Dumas and Marcel Mauss about the expression of emotions during the 1920s. Firstly, the aim is to show the affinities of their engagements concerning the disputes between human sciences and philosophy. Secondly, from an analysis of their trajectories, the aim is to show that the positions taken in the debates are associated with the positions psychologists and sociologists took inside the academic field from 1900 to 1930. Finally, the article aims to show that the dialogue between Mauss and Dumas reveals a process of sociologization of psychology rather than a psychologization of sociology, which has produced criticism from psychologists aiming to regain their lost position and from sociologists from the new generation aiming to overcome Durkheimian sociology.

Résumé

Il s'agit de discuter les rapports entre la sociologie et la psychologie à travers le dialogue entre Georges Dumas et Marcel Mauss au long des années 1920 sur l'expression des émotions et des sentiments. Le but est d'abord de montrer les affinités entre leurs engagements concernant les combats des sciences de l'homme contre la philosophie. Ensuite, à partir d'une analyse de leurs trajectoires, d'argumenter que leurs prises de position dans ce débat sont associées aux positions que les psychologues et les sociologues ont occupées dans le champ académique entre les années 1900 et 1930. Finalement, il s'agira de montrer que le dialogue entre Mauss et Dumas révèle la sociologisation de la psychologie plutôt que la psychologisation de la sociologie, et que les critiques faites à ce dialogue par les psychologues visent à regagner de l'espace perdu, alors que celles des sociologues de la nouvelle génération visent plutôt à dépasser la sociologie durkheimienne qui inspire ce dialogue.

Notre rencontre, de Dumas et moi, sur le terrain du rire, des pleurs, de l'expression des sentiments considérée comme signes, m'obligea à prendre position. … L'éternel et un peu vain débat entre psychologues et sociologues est ainsi renouvelé sur un terrain d'entente.

(Mauss, apud Besnard, 1979 [vers 1930], p. 219)

L'objectif de cet article1 consiste à analyser les conditions à partir desquelles, au long des années 1920, période de croissante spécialisation scientifique, Marcel Mauss et Georges Dumas ont pu établir un dialogue sur les rapports entre la psychologie et la sociologie. À partir d'un objet d'étude spécifique, « l'expression des émotions » pour Dumas et « l'expression des sentiments » pour Mauss, ils redéfinissent d'un commun accord les limites entre les deux sciences, et précisent les points de vue, considérés par eux comme complémentaires, que chacune d'elles doit appliquer à des objets partagés. Ce dialogue n'est pas un cas isolé, étant donné le volume immense de textes écrits sur la question de la frontière entre les deux sciences dans cette décennie2. Néanmoins, il s'agit d'un cas rare, basé sur un objet spécifique, qui sera amplement diffusé durant les années 1920, devenant la principale référence à partir de laquelle d'autres propositions concurrentes seront élaborées jusqu'à la fin de cette décennie3.

Il est possible de diviser les études sur les rapports entre la psychologie et la sociologie en deux types : les « externalistes » et les « internalistes ». Les études « externalistes » soutiennent que le rapprochement entre les psychologues et les sociologues s'est fait en vertu d'intérêts stratégiques, soit de lutte contre la psychanalyse, soit de survie de la sociologie, affaiblie à cause du décès de plusieurs des membres de l'École française de sociologie4. Il faudrait, contre les externalistes, mettre l'accent sur l'existence d'affinités électives advenant des parcours intellectuels similaires entre Mauss et Dumas. De ce point de vue, il est intéressant de considérer que celui-ci avait déjà proposé ce rapprochement aux cours des années 1910, c'est-à-dire, bien avant le contexte menaçant de survie de ces sciences durant l'entre-deux-guerres. Les études dites « internalistes » concernant les rapports entre la psychologie et la sociologie, en revanche, ont tendance à considérer que les sociologues, tels que Mauss et Halbwachs, ont orienté leurs théories vers une approche plus « psychologique », c'est-à-dire, ont rompu avec certains aspects de la théorie d'Émile Durkheim et sont plus réceptifs à l'idée de l'individu en tant qu'objet d'étude. Le décès de Durkheim, dans le cas de Mauss, aurait permis un assouplissement de ses propositions concernant l'individualisme en sociologie et la division entre les deux sciences5. Ces lectures de l'œuvre de Mauss ne considèrent pas, par exemple, le débat qui a suivi la conférence de Mauss, en 1924, sur les rapports entre les deux sciences, dans lequel les psychologues reconnaissent en lui un héritier strict de la sociologie durkheimienne et pas un sociologue « individualiste »6.

Pour bien comprendre le sens du dialogue entre Mauss et Dumas, il nous faut commencer par analyser la position occupée par la sociologie et la psychologie au sein de l'enseignement supérieur des années 1910 et 1920, en mettant l'accent sur les similarités entre elles en tant que sciences de l'homme dans le combat contre la philosophie spiritualiste. Ensuite, il faut en revenir et comparer les parcours tant de Mauss que de Dumas à ceux des sociologues et des psychologues de leur génération pour montrer les multiples affinités qui peuvent exister entre eux, mais aussi une différenciation dans leurs carrières de « professeur » et de « chercheur », et dans leurs pratiques intellectuelles devant la philosophie et la science. Concernant plus précisément le dialogue entre Mauss et Dumas sur les rapports entre la psychologie et la sociologie, il faut aussi montrer que c'est Dumas qui a fait une importante concession à la sociologie durkheimienne – selon lui la seule compétente pour étudier la dimension symbolique et collective de l'expression des sentiments. Finalement, il nous faudra nous tourner vers les critiques faites à ce dialogue et à cette proposition qui montrent que, chez les psychologues, la conférence et les textes de Mauss sont perçus comme une offensive impérialiste contre la psychologie, alors que les réactions les plus négatives sont le fait des sociologues de la nouvelle génération liés à Célestin Bouglé et au Centre de documentation sociale – un milieu qui a ciblé Dumas et épargné Mauss. Ce-dernier est en effet perçu comme un auteur plus « individualiste » et moins rigide que son oncle. C'est grâce à cette importante contextualisation que nous pourrons conclure que les perceptions et les jugements du dialogue entre Mauss et Dumas sont en fait en grande partie structurés par une opposition entre deux générations, mais aussi par le type de carrière dans l'enseignement et de pratique scientifique qui était la leur alors.

La formation des sociologues et des psychologues : philosophes et scientifiques

La sociologie durkheimienne et la psychologie scientifique fleurissent dans les rangs d'une génération dotée d'un parcours intellectuel très spécifique qui partage un engagement scientifique contre le spiritualisme philosophique. Ses membres ont une formation littéraire et sont souvent accrédités par les institutions les plus prestigieuses de l'enseignement supérieur français telles que l'École normale supérieure de Paris ou la Faculté des Lettres de Paris. Ils ont aussi une formation scientifique, en général complémentaire à la première. Cette formation est faite dans d'autres facultés de l'Université de Paris – sciences, médecine ou droit – ou bien dans des institutions externes à l'université comme le Collège de France ou l'École pratique des hautes études. À cette époque, il fallait chercher une formation scientifique hors de la Sorbonne, étant donné que des savoirs comme la statistique ou la physiologie n'étaient pas considérées comme nécessaires ou même désirables pour la formation d'un philosophe7.

En 1902, la Sorbonne ouvre ses portes à deux philosophes porteurs d'une formation scientifique : le psychologue Georges Dumas8 et le sociologue Émile Durkheim. Tous deux proviennent de cette tradition philosophique, en tant que normaliens et sorbonnards. Tous deux soutiennent des théories scientifiques, respectivement de type biologique et social qui sont par ailleurs largement critiquées par les philosophes9. Les travaux de physiologie de Dumas et l'utilisation des statistiques par Durkheim, malgré leurs différences, ont en commun la critique du finalisme et le refus de considérer l'individu ou bien sa conscience comme facteur d'explication en science. Dans la mesure où la sociologie durkheimienne et la psychologie scientifique ont contribué à resserrer les liens entre la culture littéraire et la culture scientifique à la Sorbonne, elles ont provoqué des tensions et se sont rapprochées pour se défendre10. Dans une position affaiblie par rapport à la culture dominante à la Sorbonne, elles ont partagé les mêmes préoccupations et les mêmes défis issus de cette position et de leurs projets intellectuels11.

La nomination de Georges Dumas pour dispenser le cours de Psychologie expérimentale à la Sorbonne, en 1902, révèle l'importance des titres et des domaines de formation philosophique dans ce contexte de tension entre science et philosophie. Si Dumas a été choisi au détriment d'Alfred Binet, c'est parce qu'il était titulaire d'une agrégation en philosophie et d'un doctorat ès lettres, alors que Binet, qui était pourtant docteur en sciences naturelles, directeur d'un laboratoire de psychologie et d'une revue scientifique, n'avait pas les mêmes titres que lui. Réfuser le poste à Dumas serait revenu à dévaloriser le diplôme délivré par l'institution12. Le titre de docteur en médecine de Dumas n'était par ailleurs pas suffisamment prestigieux dans le milieu médical, Dumas n'étant pas agrégé en médecine. Le poste qu'il a occupé (chef du laboratoire de psychologie sur la chaire de Clinique de maladies mentales) à l'Hôpital Sainte-Anne était dans une position subordonnée vis-à-vis des psychiatres, dont les carrières étaient liées en général à la Faculté de Médecine13. Dans le cas du concours de Durkheim pour la chaire des Sciences de l'Éducation, les candidats concurrents – Paulin Malapert et Jules Payot – étaient aussi titulaires d'un doctorat ès Lettres. Mais, la candidature de Durkheim a été retenue en vertu de l'œuvre qu'il avait derrière lui, et de son expérience en tant que professeur à l'Université de Bordeaux14. Durkheim n'avait pas de deuxième titre de doctorat, à la différence de sociologues durkheimiens, tels que Maurice Halbwachs et François Simiand, qui ont soutenu un doctorat en droit pour faire carrière à la Faculté de Droit et ont échoué tous les deux15. Philosophes de formation et scientifiques par option tardive, leurs stratégies s'inscrivent au sein d'un processus contradictoire entre, d'une part, le prestige acquis par le biais de titres et de compétences d'affirmation philosophique et, d'autre part, la tentative de les nier dans leurs pratiques de recherche spécialisées.

Durkheim et Mauss : le pari de Georges Dumas

Il semble que la relation entre Dumas et Durkheim a été amicale dans l'institution. Ils ont partagé de nombreuses activités, notamment des réunions du Conseil de la Faculté, des jurys de doctorat et de concours d'agrégation16. Fondateurs de deux revues scientifiques, L'Année sociologique, du côté de Durkheim, en 1898, et le Journal de psychologie normale et pathologique, du côté de Dumas, en 1904, ils ont tous les deux cherché à recruter des collaborateurs parmi leurs élèves et à faire de certains d'entre eux leurs disciples.

En 1911, Dumas fait, pour la première fois, mention de l'ouvrage de Durkheim, dans un article sur la contagion mentale (Dumas, 1911) – référence qu'il ne cessera de répéter dans ses ouvrages ultérieurs, et qui nous permet de mieux comprendre sa préférence pour la sociologie durkheimienne et sa volonté d'entretenir un dialogue avec Mauss à cette même époque. Dans cet article, il discute de la contagion des émotions dans divers milieux en adoptant la sociologie de Durkheim face à l'interpsychologie de Tarde. Selon Dumas, l’« imitation » peut expliquer les phénomènes d'interaction d'individu à individu, mais elle ne joue aucun rôle dans le cas des phénomènes qui ont lieu dans des sociétés constituées, et qui doivent être analysées par la méthode de la sociologie durkheimienne. En 1912, probablement après avoir lu les Formes élémentaires de la vie religieuse, et certainement après la lecture de l'œuvre Les Fonctions mentales des sociétés inférieures, de Lévy-Bruhl, Dumas continue de défendre la sociologie au détriment de la psychologie sur la base de la définition de la psychologie d'Auguste Comte selon laquelle la sociologie doit étudier les fonctions mentales supérieures et la psychologie les fonctions mentales simples et mécaniques17. Dès lors, Dumas soutiendra une idée de « totalité » dans l'étude de l'homme, à partir d'une division des études mentales entre la psychologie et la sociologie, en réservant clairement à cette dernière les matières impliquant les questions symboliques et collectives18.

De même, Dumas a entretenu un dialogue avec la sociologie de Durkheim pour ce qui concerne le thème de la religion. Dans son dernier ouvrage publié en 1946, Le Surnaturel et les Dieux, Dumas reprend les Formes élémentaires de la vie religieuse pour discuter la conception durkheimienne de l'animisme. Après avoir exposé les idées principales du sociologue, la divergence principale entre les deux auteurs concerne les causes de la croyance dans l'immortalité de l'âme que Dumas explique non par la société, mais par le « désir de vivre et de survivre », c'est-à-dire par l’« instinct de conservation » (Dumas, 1946, p. 200). Sa conclusion marque l'importance du biologique dans ses explications, et aussi son respect pour l'explication sociologique : « tout en m'inclinant devant la compétence de Durkheim, je garde ma sympathie à l'hypothèse dont il ne veut pas » (Dumas, 1946, p. 200). L'admiration de Dumas pour Durkheim ne signifie pas une adhésion complète à la sociologie durkheimienne : la dimension biologique et instinctive, que Durkheim avait nié en tant qu'explication sociologique, deviendra le pari de Dumas au sein d'un projet de collaboration avec Mauss.

L'intérêt de Dumas pour le surnaturel, l'expérience mystique et les personnages prophétiques qui fondent des sectes est la porte d'entrée de son admiration pour l'École française de sociologie et du dialogue qu'il va engager avec Marcel Mauss19. Dans ce sens, celui-ci doit être compris comme la continuité de sa relation avec Durkheim. Il va lui demander des références bibliographiques précises pour analyser l'origine mystique des expressions émotionnelles. Surtout, il lui commande, lorsqu'il rédige durant les années 1910 le Traité de Psychologie sous le parrainage de Ribot, un article sur la « psychologie sociale » – ce qui marque à nouveau sa préférence pour la sociologie dans les études de mentalités collectives. C'est à cette même époque que Mauss et Dumas entretiennent une importante correspondance dans laquelle Mauss semble particulièrement intéressé par les patients de Dumas souffrant de troubles du langage20. Nous y reviendrons.

Une communauté de destin intellectuel pendant l'entre-deux-guerres

Le rapprochement entre psychologues et sociologues durant les années 1920 est un fait qui semble incontestable, surtout si l'on compare cette relation à celle qui avait eu lieu au moment de la fondation de la sociologie à la fin du XIXe siècle, et du combat de Durkheim contre l'interpsychologie de Gabriel Tarde. Revues, sociétés scientifiques, institutions d'enseignement et laboratoires de recherche rassemblent sociologues et psychologues d'une façon tout à fait inédite21.

Parmi les causes générales de ce rapprochement, on trouve la situation précaire de l'université et le blocage des carrières. Le contexte politique et scientifique français et international pendant les deux guerres n'est pas propice. Il est évident que la Première Guerre mondiale a eu un énorme impact sur la vie universitaire française. La dépression a réduit drastiquement le rythme de création de nouveaux postes au sein de l'enseignement supérieur et les chances de carrière pour les professeurs. Ainsi, sociologues et psychologues ont créé des groupes de recherche pour trouver des formes de collaboration et des moyens de survie22. Les missions françaises à l'étranger étaient aussi une opportunité de rapprochement entre eux. Le cas de Dumas et de Lévy-Bruhl est très significatif de ce genre de collaboration pour ce qui concerne l'Amérique Latine23.

Néanmoins, ces facteurs ne suffisent pas à expliquer la spécificité du dialogue entre Mauss et Dumas. Entre 1909 et 1912, leur correspondance montre qu'il y avait déjà une familiarité entre eux et que chacun était au fait des recherches de l'autre. De plus, on trouve dans la correspondance de Mauss beaucoup de psychologues avec qui il a entretenu des relations d'amitié parfois très proches – tels Henri Delacroix et Ignace Meyerson24 – et on sait qu'il a suivi les cours de Théodule Ribot au Collège de France (Mauss, 1939). On pourrait essayer d'expliquer ce rapprochement à partir d'une analyse des parcours institutionnels des sociologues et des psychologues. En effet, le parcours de certains sociologues et psychologues des cercles de Dumas et de Mauss intéressés au débat entre psychologie et sociologie est fort similaire, comme le montre le Tableau 1 ci-dessous.

Tableau 1 : Propriétés scolaires et de carrière dans l'enseignement supérieur des sociologues et des psychologues.
PsychologuesNaissanceLicenceAgrégration1er Doctorat*2e Doctorat*Dernière institution de rattachementCours
Blondel, Charles1876ENSPhilosophieMédecineLettresSorbonnePsychologie Expérimentale
Delacroix, Henri1873SorbonnePhilosophieLettresSorbonnePsychologie Philosophique
Dumas, Georges1866ENSPhilosophieMédecineLettresSorbonnePsychologie Expérimentale
Janet, Pierre1859ENSPhilosophieLettresMédecineCollège de FrancePsychologie Expérimentale et Comparée
Meyerson, Ignace1888SorbonneLettresEPHEPsychologie Comparée
Pieron, Henri1881SorbonnePhilosophieSciencesCollège de FrancePsychologie des Sensations
Sociologues
Bouglé, Celestin1870ENSPhilosophieLettresSorbonneHistoire de l'Économie Sociale
Davy, Georges1883ENSPhilosophieLettresSorbonneHistoire de l'Économie Sociale
Fauconnet, Paul1874ENSPhilosophieLettresDroitSorbonneSciences de l'Éducation et Pédagogie
Halbwachs, Maurice1877ENSPhilosophieDroitLettresCollège de FrancePsychologie collective
Mauss, Marcel1872Université de BourdeauxPhilosophieCollège de FranceSociologie
Simiand, François1873ENSPhilosophieDroitCollège de FranceHistoire du Travail

Les titres de doctorat ont tous été obtenus à l'Université de Paris.

Pour comprendre les liens de cette communauté de destin, il suffit d'analyser leurs principales propriétés scolaires et de carrière concernant l'enseignement supérieur – licence, discipline d'agrégation et de doctorat, institution de formation et de carrière enseignante. Parmi les douze auteurs sélectionnés, six psychologues et six sociologues, tous sont agrégés en philosophie et neuf sont titulaires d'un doctorat ès lettres obtenu à la Sorbonne. Parmi eux, huit sont normaliens, alors que les autres ont fait leur formation à la Sorbonne, à l'exception de Mauss, qui a suivi les cours à l'Université de Bordeaux, où Durkheim était professeur. Il y a des différences entre eux en ce qui concerne la discipline de leurs doctorats : la moitié des psychologues compte un deuxième doctorat en médecine, tandis que l'un d'entre eux a obtenu un seul doctorat en sciences naturelles (Piéron) ; parmi les sociologues, la différence s'établit dans le domaine du droit, titre qui concerne trois de ceux-ci (Fauconnet, Halbwachs et Simiand).

Les carrières de Meyerson et de Mauss sont les plus déviantes. Meyerson n'avait pas le titre d'agrégé et ce n'est qu'en 1947, à 59 ans, qu'il a soutenu son doctorat, ce qui fut nuisible à sa carrière dans l'enseignement supérieur et, par conséquent, l'a cantonné à l'École pratique25. Mauss, malgré l'absence d'un titre de doctorat, était agrégé de philosophie et professeur à l'École pratique, où il devint directeur de recherche, et s'est fait reconnaître grâce à ses articles et à son travail dans L'Année sociologique – ce qui lui a permis d'être élu au Collège de France en 1930.

En ce qui concerne les institutions d'enseignement où ils font carrière, il n'est pas difficile de percevoir la relation de complémentarité entre la Sorbonne et le Collège de France. Ceux qui, comme Piéron, Simiand et Mauss, n'avaient pas de doctorat ès lettres, se sont tournés vers le Collège de France – institution qui a également accueilli Pierre Janet et Maurice Halbwachs. Tous les autres, compte tenu de leurs titres universitaires, ont fait carrière à la Sorbonne, comme c'est le cas de Delacroix qui, ayant commencé sa carrière à Montpellier, a rapidement eu accès à la Sorbonne, avec l'aide de Durkheim lui-même26.

En raison de ces propriétés communes, l'interaction entre psychologues et sociologues était habituelle au sein des institutions dans lesquelles ils ont construit leurs carrières. Delacroix, Dumas et Bouglé étaient professeurs à la Sorbonne depuis le début du siècle et Fauconnet y entra en 1921. Halbwachs et Blondel furent collègues à l'Université de Strasbourg à partir de 1919, les deux étant ensuite nommés à la Sorbonne pendant les années 1930. Au cours de cette décennie, Janet, Piéron, Mauss et Simiand furent collègues au Collège de France. De plus, chacun de ces deux groupes a produit ses propres héritiers. Dumas a occupé le poste de Janet à la Sorbonne en 1902. Fauconnet a hérité de la chaire de Durkheim en 1921. Halbwachs a remplacé Bouglé en 1935, et Fauconnet, en 1939. Blondel a occupé la chaire de Dumas en 1937 et Davy a hérité de la chaire de Bouglé après la Deuxième Guerre mondiale. Un dernier indicateur important du rapprochement entre les deux groupes est l'appui que sociologues et psychologues se sont apporté au cours de leurs respectives élections. Janet a soutenu Mauss au Collège de France, en 1930, et Piéron a soutenu Halbwachs, dans cette même institution, pour la chaire de Psychologie Collective, en 194427.

Compte tenu de ces similarités entre les parcours des sociologues et des psychologues, on pourrait tenter d'appliquer l'analyse de Heilbron (1985) sur les sociologues durkheimiens aux psychologues. Selon Heilbron, rappelons-le, la position de Mauss dans l'espace de l'enseignement supérieur pendant l'entre-deux-guerres est périphérique par rapport à celle de Bouglé et se comprend au prisme d'une opposition qu'il a construit au moyen des types intellectuels de « chercheur » et de « professeur universitaire »28. Alors que le « professeur » occupe des postes de pouvoir à l'université ou au sein de la bureaucratie de l'État, le « chercheur » occupe des positions périphériques dans l'enseignement supérieur, il n'a pas de pouvoir institutionnel et se tient à l'écart des mentions honorifiques mondaines. De plus, leur production intellectuelle est également différente. Tandis que les « chercheurs » ont tendance à pratiquer une sociologie plus spécialisée et rigoureuse du point de vue de la méthode – autrement dit œuvrent à la constitution de la discipline à long terme, les « professeurs » universitaires, quand ils prennent des engagements institutionnels et politiques plus larges, ont tendance à promouvoir une sociologie plus perméable aux disciplines dominantes, telles que la philosophie, ou à adopter une approche éclectique des problèmes scientifiques. Ainsi, Mauss, représentant le « chercheur », a œuvré pour la constitution future de la sociologie en tant que science autonome, alors que Bouglé, intervenant comme « professeur universitaire », s'est davantage inquiété du dialogue entre la sociologie et la philosophie29.

Parmi les psychologues qui ont suivi la carrière de « chercheur » et qui ont occupé des postes en dehors de l'université – à l'École pratique d'abord, et puis, au Collège de France, on trouve Henri Piéron. À l'autre extrémité, on trouve Georges Dumas parmi ceux qui ont suivi la carrière de « professeur »30. Cette configuration indique l'existence d'une structure formée par deux formes de pouvoir et de prestige dans chacune des deux sciences. Dumas s'oppose à Piéron dans le cas de la psychologie de la même façon que Bouglé s'oppose à Mauss dans le cas de la sociologie. Or, cela voudrait dire que Mauss et Dumas sont en fait dans des positions opposées. Mauss est le gardien des principaux concepts de l'École sociologique française. En tant que « sociologue pur », il ne fait aucune concession à la rigueur de la méthode scientifique. Par contre, Dumas est un auteur éclectique et peu important du point de vue de la constitution d'un corpus théorique assurant l'autonomie de la psychologie. En général, ses textes présentent une ample révision bibliographique à la recherche de consensus entre auteurs et approches scientifiques distincts31. En ce qui concerne l'orientation politique de leurs carrières, celle de Dumas est attachée au Parti Radical, réceptive aux tâches que la Troisième République demande à un professeur universitaire – comme, par exemple, le rôle d'ambassadeur culturel de la France à l'étranger. Alors que Mauss, en tant que socialiste, préfère un engagement plutôt distancé des actions de l'État et orienté vers des journaux et associations socialistes32. Donc Mauss peut être vu comme un « chercheur » et, qui plus est, comme un strict héritier de la sociologie durkheimienne, si l'on considère qu'il essaie de « fonder sociologiquement » ses actions sur le plan politique (Fournier et Terrier, 2013, p. 18).

Pourquoi, malgré ses différences, a-t-il entretenu un dialogue avec la psychologie et, particulièrement, avec Dumas ? Si l'on porte un regard attentif aux textes de Mauss, il en ressort qu'il n'escomptait pas céder l'étude des fonctions mentales supérieures à la psychologie ou élaborer une espèce de savoir généraliste ou éclectique à partir de ce dialogue. Bien au contraire, c'est Dumas, en jouant le rôle du « professeur », qui a cédé de l'espace à la sociologie en ce qui concerne les limites entre les deux sciences. Il ne faut pas s'étonner, donc, de ce rapprochement qui, compte tenu de l'historique de ces différences, est caractérisé par le maintien de l'espace de compétence de la sociologie par rapport à la psychologie comme l'a établi Durkheim. Mauss n'a pas faibli dans sa défense de la spécificité de la sociologie par rapport à la psychologie et, tout en acceptant de dialoguer avec Dumas, a mis en pratique cette division des tâches, ainsi qu'une délimitation de compétences au sein de laquelle le « collectif » reviendrait à la sociologie. La position de « chercheur » lui a donc permis d'établir un dialogue et des échanges sans céder quoi que ce soit du noyau dur du projet durkheimien – position qui été perçue comme « impérialiste » par quelques psychologues.

L'expression des émotions ou des sentiments : l'objet du dialogue entre Mauss et Dumas

Au début des années 1920, Mauss et Dumas ont rendu public leur dialogue au travers de lettres et d'articles. Après la publication d'un article de Dumas intitulé « Les larmes » en 1920, Mauss lui envoie une lettre mentionnant les études portant sur certaines sociétés primitives dans lesquelles les « larmes » expriment une sorte de salutation ou font partie d'un rituel funéraire33. Dès lors, les deux auteurs vont publier une série d'articles dans le Journal de psychologie sur l’« expression des émotions » (Dumas) ou l’« expression des sentiments » (Mauss)34. Dans le cas de Dumas, il s'agit d'un ensemble de quatre articles, publiés initialement durant les années 1920 et, postérieurement, dans le Traité de psychologie et dans le Nouveau traité de psychologie (Dumas 1920a, 1920b, 1921, 1922)35. Dans le cas de Mauss, il s'agit de trois articles publiés dans le Journal de psychologie entre les années 1920 et 193036.

Les articles de Dumas sur l'expression des émotions suivent dans une certaine mesure le style de revue bibliographique qui caractérise toute son œuvre. On y retrouve des théories physiologiques, sociologiques, psychologiques et philosophiques ; des explications biologiques, intellectuelles et affectives ; des doctrines individualistes ou sociales. Parmi les auteurs cités, on trouve Darwin, Pavlov, Wundt et Spencer ; James et Lange ; Bechterew et Brissaud ; Kant et Schopenhauer ; Bergson ; Tarde, Durkheim et, bien entendu, Mauss. Le trait le plus visible est celui, typique, du manuel scientifique. Dumas liste une série d'auteurs qui traitent de l'expression émotionnelle. Malgré cette approche éclectique, il est possible d'identifier une certaine préférence de Dumas pour les théories de type biologiques et sociologiques. D'une part, à partir d'une approche physiologique, il adopte des explications mécanicistes ayant pour point de départ la critique des études de Darwin, Spencer et Wundt, en raison de leur perspective, qu'il considère finaliste. L'expression émotionnelle en tant que phénomène physiologique serait donc le résultat d'un ensemble de mouvements réflexes/mécaniques de l'organisme : par exemple, l'action de contractions musculaires lors de la production du « rire » ou de la « larme ». Quelques-unes de ces expressions, par exemple la « larme », sont rarement volontaires, d'où l'accent mis par Dumas sur les variations (dépression ou excitation) neuromusculaires. Le « rire » peut lui aussi être expliqué par un mouvement réflexe, autrement dit, par réaction mécanique. Son expression est cependant généralement accompagnée d'une « représentation », ce qui implique l'existence d'un milieu social qui le transforme en langage. D'autre part, Dumas adopte une approche sociologique et développe des explications de type durkheimiennes : l'expression des émotions est principalement le produit de la régulation et de l'obligation sociale. Au-delà des situations de pure interaction, une fois qu'une « collectivité » ou un « milieu social » se constituent, la force du groupe devient la source de l'homogénéisation des expressions émotionnelles37. Sous cet angle, l'expression émotionnelle peut être considérée comme un « fait social », au sens durkheimien, puisqu'elle est socialement réglée et constitue une obligation sociale – en raison des coutumes, de la communauté de croyances ou des institutions sociales. La société règle l'expression des émotions de deux façons opposées : en décourageant certaines expressions, à tel point que les individus eux-mêmes dominent leurs réactions motrices, ou bien en encourageant (ou en acceptant) certaines expressions émotionnelles38. En tant que créations de la société et non de l'individu, ces expressions sont autonomes par rapport à leur base physiologique39. L'auteur affirme, quasiment tout seul dans son milieu, que « tout ce qui n'est pas réaction de l'organisme (les stimulations du milieu externe ou interne) doit être expliqué socialement » – à savoir, par la sociologie durkheimienne. Dans les années 1930, lorsqu'il publie le Nouveau Traité de Psychologie, Dumas insiste davantage sur l'importance de l'explication sociologique :

On peut concevoir une psychologie bio-sociale qui, laissant à la Société le rôle de stimulation et de création qu'a si bien mis en lumière par l'École sociologique française, trouvera dans le système cérébrospinal les conditions plus ou moins localisées des fonctions intellectuelles et dans le système endocrinien autonome les conditions plus ou moins localisées aussi bien de la vie affective que des excitations quasi continues que cette vie apporte aux fonctions intellectuelles. (Dumas, 1930, p. 361)

Ce qu'il renie, dans ce contexte, c'est le pouvoir explicatif de la « conscience individuelle » sur l'expression des émotions. Les nombreuses références à Auguste Comte ne laissent aucun doute quant à son inspiration initiale : pour cet auteur, la psychologie serait la réunion des explications physiologique et sociologique, puisqu'elle proviendrait de l'étude des localisations cérébrales (psychophysiologie) et du développement des études des déterminations sociales (sociologie)40.

Pour conclure sur ce point, soulignons que, dans une certaine mesure, Dumas accepte l'action de la « volonté », dans le cas du rire, à condition de considérer l'expression en tant qu'habitude ou langage collectif, c'est-à-dire, en tant que signification sociale. Il n'y a pas d'espace pour la création de sens dans le jeu interindividuel, mais seulement l'utilisation éventuelle de représentations sociales déjà constituées, même si parfois Dumas mentionne les explications de Bergson et de Tarde41. Dans une situation d'interaction, il aura recours à la théorie de l'imitation pour expliquer la reproduction de comportements par des sujets isolés et qui ne sont pas membres d'un « milieu social » donné. Dumas emploie le terme « imitation » au sens large et sans restriction, ce qui implique « un état intellectuel ou affectif intermédiaire entre l'instinct et la conscience », définition qu'il attribue à Ribot et à Tarde, étant donné que l'imitation purement instinctive est vue par Dumas comme expression d'un état pathologique42. Dans son analyse du « rire », Dumas fait référence amplement à l'explication de Bergson. Il accepte que le rire comique soit une action dont l'intention est d'entretenir une complicité au sein d'un groupe, ou encore l'expression d'une censure face à un comportement déviant : « Nous rions parce que nous représentons la joie de ceux que nous voyons sourire » ou parce que « nous sommes complices » du groupe avec lequel nous sourions. L'expression des émotions exprime donc les liens d'inclusion/exclusion sociale entre les individus. Or, l'utilisation que fait Dumas de l'analyse du « rire » de Bergson n'est pas une prise de position pour le type de psychologie qu'il pratique, étant donné que le « social » pour Dumas ne représente pas une réalité négative ou réductrice par rapport à une vie mentale intérieure complexe et insaisissable, mais plutôt une stratégie pour conférer légitimité à une approche sociale de l'explication des expressions des émotions.

En 1921, Mauss publie « L'expression obligatoire des sentiments » dans le Journal de psychologie. Il se réfère explicitement à l'article de Dumas sur les larmes. Dans ce texte, Mauss souhaite démontrer qu'il est possible d'établir une collaboration entre les recherches des physiologistes, des psychologues et des sociologues, même s'il en réserve le rôle principal à l'École sociologique française. En analysant les rites funéraires de certaines sociétés primitives, ainsi que le lien entre ces rites et l'expression des sentiments par la collectivité, Mauss en conclut que ces expressions – le chant, la danse, le cri – ne sont pas des actions spontanées ou individuelles, mais bien des pratiques collectives et obligatoires. Pour le démontrer, il indique comment le chant ou les pleurs sont réglés : ce sont des groupes spécifiques qui expriment ces actions et non pas toute la collectivité, ni quelqu'un au hasard ; de plus, ils s'expriment par des formules (rythmes, époques de l'année, etc.) déterminées. Ces pratiques ont donc une fonction sociale (Mauss, 1921, p. 428).

Dans l'article sur l'idée de mort suggérée par la collectivité (Mauss, 1926), Mauss soutient que le système nerveux est un produit de la collectivité, c'est-à-dire que l'organisation sociale détermine la physiologie d'un groupe social, qui s'identifie, ainsi, aussi bien par le biais de pratiques sociales que par la structure neurologique même de ses membres. Mauss décrit les Maoris comme plus « hystériques » et « dépressifs » que les civilisés, qui seraient plus stables sur le plan émotionnel. Le plan physiologique est fonction du plan sociologique. C'est bien ce que Mauss souhaite montrer en précisant que le pouvoir de détermination de la société sur l'individu est plus fort que ce qu'on appelle « l'instinct de conservation » – ce qui contrarie le principe alors admis par les physiologistes purs. Il s'agit même d'une affirmation provocatrice puisque, d'un seul coup, Mauss peut assujettir les plans physiologique et psychologique – autrement dit, la neurologie et la conscience individuelle – à l'organisation sociale. Dans sa description de la « thanatomanie », l'individu se laisse mourir parce qu'il est envahi depuis l'extérieur par quelque chose qu'il n'a pas conçu et qu'il ne peut pas contrôler :

La conscience est alors tout entière envahie par des idées et des sentiments qui sont entièrement d'origine collective, qui ne trahissent aucun trouble physique. … aucun élément de volonté, de choix, ou même d'idéation volontaire de la part du patient, ou même de trouble mental individuel, hors de la suggestion collective elle-même. Cet individu se croit enchanté ou se croit en faute et meurt pour cette raison. (Mauss 1926a: 654–655)

L'étude de Mauss fait référence à Dumas parce que, même si la dimension physiologique est capturée par la dimension sociologique, le sociologue intègre stratégiquement la physiologie (en l'occurrence l'appareil neurologique) en tant qu'objet d'étude à part entière du sociologue. De plus, il choisit les récits d'un médecin comme source (pour parler des Maori), ce qui suggère que la physiologie apporte un point de vue qui intéresse la sociologie – idée qu'il a défendue aussi dans la proposition d'étude de l’« homme total »43. De sorte que, si, chez Dumas, la proposition d'une perspective bio-sociale semble superposer deux savoirs, puisque le plan « social » ne peut pas se réduire complètement à la dimension physiologique, la portée de l'avance de la sociologie sur la physiologie est bien plus grande chez Mauss.

Dans son article sur les techniques du corps (Mauss, 1936), de même que dans les articles précédents, Mauss soutiendra que l'éducation, dominant les instincts, imprime une marque sur la collectivité. Les techniques pour nager, creuser, marcher ou la position des mains distinguent, par le biais des corps, parfois même une nationalité. Ces techniques se sont transformées au long du temps et de l'espace social, mais leurs expressions sur les corps, même si elles peuvent varier dans des cas individuels, est toujours signe d'une détermination sociale soit par l'éducation, soit par la convenance, soit par la mode ou encore le prestige social44. C'est pourquoi il faut, comme dans le cas de la larme, du rire et du chant, expliquer les autres mouvements corporels par la sociologie. Mauss n'admet pas, ainsi que Dumas, que la « conscience individuelle » soit capable d'expliquer ces facteurs, puisque sa fonction n'est que de les communiquer, pour ainsi dire, depuis le contexte social au contexte organique : « Un Comtiste dirait qu'il n'y pas d'intervalle entre le social et le biologique. Ce que je peux vous dire, c'est que je vois ici les faits psychologiques comme engrenage et que je ne les vois pas comme cause » (Mauss, 1935, p. 291–292). Si Mauss parait moins radical que Dumas, puisque ce dernier « ne donne pas beaucoup de place à l'intermédiaire psychologique », l'ensemble de ses affirmations indique qu'il est totalement d'accord avec la division des tâches entre la sociologie et la psychologie scientifique dans la mesure où la dimension symbolique et collective fait partie de la sociologie45.

Il reste à savoir ce que Mauss entendait par l'étude de l’« homme total », étant donné que cette expression fait référence à la division des compétences entre les diverses sciences de l'homme. Lors de sa conférence de 1924 à la Société de psychologie intitulée « Les rapports réels et pratiques de la psychologie et de la sociologie », il critique l'excès d'indépendance entre les diverses sciences pour renforcer l'importance de l'étude de l’« homme total » par la collaboration entre la physiologie, la psychologie et la sociologie. Or, quand Mauss se réfère à l'étude du « concret » et de l’« inconnu », il soutient l'idée que le progrès des sciences se fait par des échanges dans les zones de frontière des différentes sciences, mais il ne défend pas l'absence de frontières entre ces sciences. Cette proposition se distingue à la fois du point de vue des scientifiques « purs », qui défendent le progrès par le biais de la spécialisation des connaissances, que du point de vue des philosophes « purs », pour qui le progrès scientifique se produit par référence à un problème général de type philosophique. De plus, le contexte de cette conférence révèle beaucoup de son sens. Mauss s'adresse en effet aux psychologues. Ce n'est donc par un hasard s'il affirme que la notion de « symbole » est une contribution importante de la psychologie à la sociologie et cela même si, en même temps, il déclare que les sociologues travaillent déjà sur cette notion, qu'ils la connaissent mieux que les psychologues46. Autre exemple : Mauss admet que la sociologie peut être une « psychologie », tout en affirmant au passage que les « représentations collectives » dépendent d'une analyse morphologique, statistique et historique – qui tombent sous la compétence du sociologue (Mauss, 1924, p. 899).

Il est donc question de garder l'unité de la sociologie, à la manière de Durkheim, en jetant un œil sur les contributions des sciences voisines. D'ailleurs, cette prise de position scientifique se retrouve dans les écrits politiques de Mauss rédigés à la même période, puisqu'il propose par exemple de surmonter les frontières nationales strictes au moyen d'une internationalisation progressive des pratiques sociales dans les régions de frontière : pratiques linguistiques, religieuses, techniques, scientifiques etc. (Mauss, 2015). On peut donc percevoir une autre différence importante entre le projet intellectuel de Mauss et celui de Dumas : si le premier propose la superposition des explications physiologique et sociologique, le second adopte l'explication sociologique et avance à travers elle dans sa réflexion physiologique.

Critiques croisées : sociologues et psychologues en lutte

Le dialogue entre Mauss et Dumas et la division des compétences qui y est proposée suscita de nombreuses critiques. On peut identifier au moins trois groupes d'auteurs qui prennent place dans ce débat : les sociologues et les psychologues appartenant à leurs propres réseaux, mentionnés dans le tableau ci-dessus, et les sociologues de la deuxième génération liés à Célestin Bouglé par le Centre de documentation sociale de l'ENS.

Entre ces trois groupes, on peut repérer une différence importante : alors que les psychologues collaborateurs de Dumas et les sociologues de la deuxième génération sont très critiques vis-à-vis de ce qu'ils appellent un projet « impérialiste » de la sociologie visant à annexer la psychologie, les sociologues de la première génération liés à Mauss sont plus en accord avec ce dialogue et le projet d'une nécessaire délimitation entre les deux disciplines.

Les publications de Halbwachs, Davy et Bouglé, les sociologues de la première génération, explicitent ce qu'ils pensent des rapports possibles entre la psychologie et la sociologie particulièrement dans le cas des études sur l'expression des émotions. Pour eux, il n'y a pas de place pour l'individu ou bien pour la conscience individuelle à côté de la « conscience collective » et des contraintes proprement sociales. Halbwachs, dans la treizième leçon de son cours de psychologie collective, affirme, par exemple, que les expressions des émotions et les émotions elles-mêmes doivent être expliquées par la sociologie et non par la psychologie des individus, étant donné qu'elles sont issues des groupes sociaux auxquels ils appartiennent. Elles leur sont extérieures47. Davy est tout aussi explicite dans ses positions strictement durkheimiennes. Dans les articles qu'il a écrits pour le Traité de psychologie de Dumas, il indique que tout ce qui ne s'explique pas par l'organique doit être expliqué par le social48. Dans le cas de Bouglé, quelques textes écrits dans les années 1930, en particulier l'article « Psychologie et sociologie en France » (1933), les comptes rendus des premiers volumes I à IV du Nouveau traité de psychologie de Dumas (1934–1936), et le Bilan de la sociologie française contemporaine (1935), vont lui permettre de souligner son accord avec la conception des limites entre la psychologie physiologique et la sociologie proposée par Dumas et par plusieurs des psychologues du Traité de psychologie – qu'il voit comme la preuve de « l'action féconde » du durkheimisme chez les psychologues. Il fait, du reste, un éloge du Nouveau traité de psychologie de Dumas et, en particulier, des recherches de ce dernier sur la « mimique » qui ont permis de montrer le rôle du social dans l'expression des émotions49. Après Dumas, qu'il considère comme le psychologue le plus sociologisant, il cite Charles Blondel – dont le sociologisme est néanmoins un peu plus restrictif. Dans le cas des querelles entre des psychologues et des sociologues, comme par exemple entre Blondel et Halbwachs sur la question du suicide, Bouglé prend le parti des derniers50. Tout en mentionnant qu'il y a une minorité de psychologues qui refusent les explications sociologiques, il met l'accent sur l'imprégnation de la sociologie durkheimienne ou du « social » par la grande majorité des psychologues. Bouglé adopte un style très diplomatique dans ces textes, et participa activement au processus de systématisation et de banalisation de la sociologie durkheimienne par la publication de manuels, et même par la publication de Philosophie et Sociologie, en 1925, une sélection des textes de Durkheim au goût de la philosophie de l'époque. Par ailleurs, il soutient certains critiques de Durkheim, comme Déat et Essertier, au sein du Centre de Documentation Sociale et de L'Année sociologique.

Toute autre est la position des psychologues de cette même génération, tel Henri Piéron et Ignace Meyerson. Ceux-ci n'ont pas vu le dialogue entre Mauss et Dumas d'un bon œil, comme on pouvait s'y attendre. La critique de Piéron met en cause la collaboration entre la sociologie et la psychologie. Il plaide pour l'inclusion des sociétés animales comme objet de la sociologie, ce qui suggère qu'il minimise l'importance des fonctions mentales supérieures, c'est-à-dire du symbolique, dans la définition de la sociologie. En ce qui concerne les rapports entre ces sciences, Piéron est partisan de la spécialisation scientifique et se méfie de l'idée d’« homme total » de Mauss, en la considérant comme un signe d'éclecticisme ou de retour à la généralisation philosophique. Pour Piéron, l'avancée de la science est le résultat de la « spécialisation ou de l'analyse » et toute tentative de synthèse court le risque de faire marche arrière. Cette prise de position est sans doute associée à la trajectoire de Piéron qui n'avait qu'un doctorat en sciences naturelles (et pas « ès lettres ») et a orienté ses recherches vers les domaines de la psychologie biologique (physiologique, expérimentale) ou appliquée (psychotechnique). Dans le cas de Meyerson, ses critiques sont opposées à celles de Piéron. S'il critique fortement l'esprit d'annexion de Mauss, c'est en effet pour affirmer que la sociologie est une branche de la psychologie et que celle-ci n'a pas la petite tâche qu'il veut lui attribuer. « M. Mauss nous a abandonné un petit coin …. Je ne veux plus lui cacher nos intentions : nous lui prendrons tout. Ou plutôt : nous lui avons déjà tout pris. Il n'y a pas de phénomène social qui ne soit psychologique ; il n'y a pas de loi sociologique que ne soit psychologique. » (Meyerson, 1924, p. 383)51. Ce sont les psychologues, et non les sociologues, qui font l'histoire de la pensée. L'histoire leur incombe. Par ailleurs, si la pensée est chose symbolique, c'est à la psychologie d'étudier le symbolique. L'homme total est donc un objet de la psychologie52.

Les critiques les plus sévères sont cependant le fait des sociologues de la deuxième génération qui enseignaient au lycée ou dans des établissements hors de l'université parisienne, tels que Marcel Déat, Daniel Essertier, René Hubert ou Roger Lacombe. Marcel Déat fait à Dumas la critique la plus extensive et la plus représentative de l'esprit de ce groupe. Il n'était pas professeur universitaire à Paris, mais enseignait à Reims et, en 1926, publia un manuel de sociologie pour critiquer en partie la sociologie de Durkheim et proposer une nouvelle interprétation de son héritage théorique (Déat, 1926b)53. Déat considère que la collaboration entre la sociologie et la psychologie est une bonne chose, cependant il critique la division des compétences entre sociologie et psychologie proposée par Dumas, et reformule les bases sur lesquelles cette collaboration doit se reposer. D'abord, il critique la notion comtienne ou positiviste de « psychologie » – basée sur une superposition entre les explications physiologique et sociologique – et souligne ce qui est nié dans cette conception : le rôle de la « conscience individuelle ». Les passions, affirme-t-il, ont pour cause première et fondamentale le tempérament individuel, et pour cause occasionnelle le milieu social, puisque la vie consciente est supérieure tant aux fonctions physiologiques qu'à celles qui ont trait au milieu social. Par ailleurs, pour lui, passer du plan physiologique directement au plan sociologique ne peut pas se faire sans un intermédiaire psychologique, puisqu'une médiation entre la « nature brute » et le « système de signes corporels » est nécessaire. D'où la critique de Déat à Durkheim : la sociologie ne pourra pas se passer de la conscience individuelle, car ce n'est qu'à travers celle-ci que l'on peut observer la conscience collective. De plus, il n'est pas possible de réduire la « conscience collective » à un ensemble de signes rituels qui s'exprime par un « automatisme contraignant », puisqu'elle est, avant tout, un système de croyances soutenu par des symboles dont la fonction est d'exalter l'affectivité et d'encourager l'action. Étant donné que son unité se produit par référence à un idéal, la sociologie devrait étudier les « valeurs », préparant ainsi l'étude psychologique. Du point de vue de la relation entre les trois sciences, selon Déat, il faut superposer les trois niveaux – physiologie, sociologie et psychologie – sans qu'aucun ne soit au-dessus des autres (Déat 1925a, 1925b, 1926a). Il propose donc une nouvelle conception du dialogue entre la psychologie et la sociologie fondée sur une « sociologie des valeurs » et une « psychologie de la conscience individuelle » (Déat, 1925, p. 120). On voit que la critique adressée au dialogue entre Mauss et Dumas est précédée d'une critique de Durkheim ou des conditions « matérielles » de sa sociologie, afin de soutenir une sociologie plus ouverte à la « conscience de l'individu », c'est-à-dire, une conception finaliste et idéaliste de la sociologie.

Ces critiques représentent également celles du groupe d'auteurs qui, au milieu des années 1920, écrivaient des manuels scolaires pour assouplir la sociologie de Durkheim et la rapprocher d'une conception plus philosophique en psychologie : Daniel Essertier (1927, 1929, 1930), Roger Lacombe (1925, 1926a, 1926b) et René Hubert (1925, 1928). Essertier critique « le psychologue qui se confine dans l'étude des phénomènes les plus élémentaires » et « le sociologue qui analyse les données que lui fournit sur une institution déterminée l'ethnographie d'une société » pour affirmer que « ce qui convient aux phénomènes matériels, parce qu'ils sont relativement simples … ne saurait convenir aux faits spirituels, essentiellement complexes et mobiles, indivisibles, infixables » (Essertier, 1927, p. 35). Cette terminologie va orienter le projet d'une alliance entre une approche idéaliste de la sociologie de Durkheim et une psychologie de la conscience individuelle. Même si Essertier est apparemment d'accord avec le projet de « l'homme total » de Mauss, il s'agit pour lui d'une conception de la « totalité » tout à fait distincte de celle de Mauss, dont le sens est révélé lorsqu'il formule en psychologue une critique du contenu de la conférence de Mauss de 1924 : « Venu à la Société de psychologie, comme président annuel, en ami et en allié, il a des paroles peu rassurantes, où se trahit la vieille méfiance durkheimienne et un esprit d'annexion qui, au fond, n'a jamais désarmé. » (Essertier, 1930, p. 117–118). Comme pour surmonter cette peur, il construit avec Déat une image de Mauss plus proche de celle qu'ils envisagent parce qu’« en rupture » avec la sociologie de Durkheim54.

De son côté, Hubert affirme qu'il faut maintenir l'autonomie de la psychologie individuelle entre la sociologie et la physiologie et, en se posant contre Dumas et Durkheim, il pense que c'est à la psychologie d'être « l'efflorescence terminale de la sociologie ». D'abord, parce que les représentations collectives ont leur « origine première dans une conscience individuelle » (Hubert, 1928, p. 227). Ensuite, parce que le rôle de la conscience individuelle est augmenté dans les sociétés civilisées, que le processus d'individualisation (des représentations collectives) produit en même temps une plus grande « liberté » par rapport aux déterminations sociales : il y a un « résidu qui échappe à toute analyse, qui fait que le génie est le génie et déborde toute explication causale » (Hubert, 1928, p. 230). La psychologie que veut ériger Hubert n'est donc pas issue de la science, mais plutôt de la métaphysique. « Mais la nature propre de ce dernier [l'acte de la conscience], le quid proprium qui le caractérise, la raison ultime de son choix et de sa réalisation, tout cela est de l'essence de la conscience vivante, et ne tombe pas directement sous le coup de la science. » (Hubert, 1928, p. 230–231).

Lacombe critique quant à lui le concept de « conscience collective », ainsi que la supposée origine sociale des fonctions psychologiques supérieures, qu'il considère représentative de l'ambition qu'avait Durkheim – celle aussi de Dumas et de plusieurs collaborateurs du Traité de psychologie – de subordonner la psychologie à la sociologie. C'est à la psychologie d'étudier les fonctions mentales supérieures et à la philosophie d'étudier la nature et les fonctions de l'esprit, étant donné que son origine est antérieure à la société (Lacombe, 1926). Dans sa critique de Durkheim, il affirme donc qu'il faut surmonter la recherche des faits matériels pour atteindre les faits spirituels : « Il faudra pour cela que la sociologie emploie des procédés d'investigation psychologiques et tente de connaitre les faits sociaux par l'interrogation méthodiquement conduite des consciences individuelles » (Lacombe, 1925, p. 385). Et pour atteindre ce but il faut surmonter la méthode d'observation externe des fait matériaux et la compléter par l'enquête sociologique des individus employée par Le Play (Lacombe, 1925, p. 387 ; 1926b, p. 90–92)55.

Déat, Essertier, Hubert et Lacombe critiquent le dialogue entre Dumas et Mauss par la voie de la critique de quelques concepts de Durkheim. Même s'ils utilisent les notions d'étude du « concret » et d’« homme total », ils critiquent le « réductionnisme » ou le « positivisme » et cherchent au contraire à proposer une vision plus idéaliste et éclectique de la collaboration entre la sociologie et la psychologie. Or, tous les quatre sont auteurs de manuels pour l'enseignement de la sociologie dans les Écoles normales primaires, et tous sont des critiques d'un certain durkheimisme, voulant au contraire proposer une sociologie plus adaptée à cet enseignement de type philosophique et généraliste. Cette relecture de l'héritage durkheimien a pour effet d'effacer ce que Mauss considérait alors comme fondamental dans l'analyse des représentation collectives – la morphologie, l'histoire et la statistique – construisant à sa place l'image d'un Mauss plus individualiste et psychologique.

Considérations finales

Nombreuses sont les conditions intellectuelles qui ont déterminé le dialogue entre Dumas et Mauss, ainsi que les limites de cette entreprise. Ils provenaient du même « milieu » scolaire parisien et partageaient un ensemble de pratiques et de valeurs bien plus importantes que ce qui les divisait de manière théorique. Dumas préféra considérer Mauss comme un strict héritier de la sociologie durkheimienne, et non comme un innovateur par rapport à la tradition de l'École sociologique française. Ce point est d'autant plus important qu'il permet de réfuter la thèse du changement de la théorie de Mauss suite au décès de Durkheim et, surtout, que cette nouvelle approche serait imprégnée d'une vision « psychologisante » ou « individualiste ». La division des tâches sur laquelle s'accordent nos deux auteurs montre comment Dumas fit connaître à sa psychologie un profond processus de « sociologisation ». C'est lui qui proposa l'exclusion des études sur les représentations collectives, les fonctions mentales supérieures ou le symbolique de la compétence de la psychologie, limitant son spectre à des problèmes d'ordre biologique à partir d'approches mécanicistes. Une démarche qui l'a conduit à être perçu comme le plus grand défenseur de la sociologie durkheimienne contre la psychologie de la conscience et de l'individu.

Notes
1

Cet article est le résultat d'un financement Fapesp – Fundação de Amparo à Pesquisa do Estado de São Paulo. Je remercie Jean-Christophe Marcel, Johan Heilbron et Louis Pinto de leur lecture attentive.

2

Voir Essertier (1927). Dans son ouvrage, qui fait la recension des publications sur la question, il mentionne 622 items bibliographiques (ouvrages, articles et revues critiques). Voir Thomas Hirsch (2016).

3

Le cas le plus connu est certainement celui de Maurice Halbwachs et Charles Blondel. Mais la nouvelle génération de sociologues est aussi très intéressée par cette question : Marcel Déat, Daniel Essertier, Roger Lacombe et René Hubert. Voir Thomas Hirsch (2016, p. 135).

5

Voir Bruno Karsenti (1997) ; Laurent Mucchielli (1994, 1999) ; Jean-Christophe Marcel (2001, 2004). À l'exception de Karsenti, qui dédie quelques pages à Dumas, les autres études tiennent compte de la conférence de Mauss, ainsi que du débat entre Charles Blondel et Maurice Halbwachs sur les liens entre la sociologie et la psychologie.

6

Voir les commentaires d'Henri Piéron et d'Ignace Meyerson après la conférence de Mauss (1924) publiés dans : Mauss M., « Rapports réels et pratiques de la sociologie et de la psychologie », Journal de psychologie normale et pathologique, 1924, p. 917–922.

7

Selon Soulié (2009), les philosophes de la Revue de métaphysique et de morale ainsi que ceux de la Société de philosophie ont défendu les sciences de l'homme au fur et à mesure que celles-ci ont été « modérées » et admettaient le rôle central de la « conscience individuelle ».

8

Georges-Alphonse Dumas est né à Lédignan, dans la région du Gard, en 1866. Fils d'un médecin de campagne républicain et d'une mère protestante, il se déclare sans religion pour être libéré du cours de religion au Lycée Louis-le-Grand – lors de son arrivé à Paris, en 1884. Après avoir reçu le diplôme de baccalauréat en sciences (Lycée de Nîmes) et le baccalauréat ès lettres (Lycée Louis-le-Grand), il est reçu 19e à l'École normale supérieure dans la promotion de 1886. Agrégé de philosophie, en 1889, il défend son premier doctorat à la Faculté de Médecine de l'Université de Paris en 1894, et le deuxième à la Faculté des Lettres de l'Université de Paris, en 1900. Il devient chef du laboratoire de psychologie de la Clinique de maladies mentales à l'Hôpital Sainte-Anne en 1897. Il se marie avec Mlle Aimée Perrot, fille de Georges Perrot, directeur de l'ENS. Élève de Ribot au Collège de France de 1889 à 1896, il travaille avec lui à la Revue philosophique et lui dédie le Traité de Psychologie. Le Traité (1923–1924) et le Nouveau Traité de psychologie (1930–1948) sont des ouvrages encyclopédiques publiés avec la collaboration de 35 auteurs au total. Il décéde en 1946.

9

Pour la critique de la sociologie de Durkheim, considérée comme matérialiste, voir Fouillée (1905). Pour les critiques de Durkheim à la philosophie voir Durkheim (1895, 1976).

10

Le rapport de thèse de Pierre Janet (1900, p. 9) sur Dumas révèle un appel à la « modération » de l'approche scientifique par rapport au philosophique : « dans une thèse de philosophie on voudrait voir apparaître au moins à la fin un peu plus le théoricien et le philosophe ». Fonds Pierre Janet, Archives du Collège de France, SSCDF 18a.

11

Le cas des psychologues a été étudié par Ben-David et Collins, qui affirment que l'innovation dans le domaine de la psychologie est le résultat, entre autres, d'une espèce de compensation pour avoir remplacé une discipline au statut social et professionnel plus grand (mais aux chances de carrière plus faibles) par une discipline où ceux-ci sont moindres. Voir Joseph Ben-David et Randall Collins (1966).

12

Brochard, professeur ayant défendu la candidature de Dumas, affirme : « M. Binet est Docteur ès sciences, ce qui est fort honorable sans doute, mais enfin il n'est pas Docteur ès Lettres, et sans avoir le fétichisme des diplômes et tout en étant le premier à reconnaître que dans des cas exceptionnels on peut fort bien passer outre à l'exigence du Doctorat ès Lettres … il n'appartient pas à la Faculté de déprécier elle-même les grades qu'elle confère, et qui créent un lien moral entre tous ces membres ». Selon le professeur Egger, la « culture philosophique » de Dumas lui semble supérieure à celle de Binet. Actes du Conseil de la Faculté des Lettres, Archives nationales, AJ 16 4749, p. 67–68. Voir aussi les Actes du Conseil de l'Université, Archives nationales, AJ 16 2587, p. 230. Voir aussi Serge Nicolas (2001).

13

Selon Weisz, en 1884, les « maladies mentales » occupaient la deuxième position, après la « chirurgie », dans la liste de spécialités pratiquées par l'élite médicale. Néanmoins, entre 1905 et 1920, la proportion de psychiatres et de neurologistes de l'élite (membres de l'Académie de Médecine) s'est fortement réduite. Si, entre 1920 et 1935, les deux spécialités regagnent un nouveau prestige, le nouveau recrutement des neuropsychiatres n'émane pas des hôpitaux psychiatriques (Weisz, 1994). Voir aussi Patrick Pinell (2005).

14

Voir Actes du Conseil de la Faculté de Lettres, AN, AJ 16 4749, p. 72. Voir aussi Marcel Fournier (2007).

15

Voir Topalov (1999 : 15). Voir aussi Karady (1976) et Mucchielli (1998). Il y avait probablement aussi des raisons politiques. Ils étaient socialistes, ce qui était mal perçu par des juristes. Je remercie Jean-Christophe Marcel pour cette remarque.

16

Par exemple, tous deux ont participé au jury de soutenance de la thèse de Revault d'Allones, en 1908, et ont critiqué l'absence d'une méthode objective ou de procédures de recherche scientifique plus précis. Voir Bulletin de la Société française de philosophie (1908).

17

Dumas a probablement connu Lévy-Bruhl au lycée Louis-le-Grand pendant l'année scolaire de 1885–1886. Le premier était élève alors que le second était professeur de philosophie. Ils sont devenus des amis proches, d'après quelques membres encore vivants de la famille Dumas. D'après leur correspondance, on peut supposer qu'ils ont aussi beaucoup discuté sur Comte et, donc, que l'adhésion de Dumas à la pensée de Comte était probablement issue de la Philosophie d'Auguste Comte, publiée en 1900, puis des Fonctions mentales des sociétés inférieures, de 1910. Au Brésil, Dumas a reconnu que Lévy-Bruhl a exercé une grande influence sur sa pensée.

18

En ce qui concerne la division entre la psychologie et la sociologie : « Nous avons dit, que, selon nous, expliquer psychologiquement un fait consistait à l'insérer dans une loi biologique, et nous avons fourni des exemples de ce genre d'explication. Mais il y a tout un ensemble d'idées, de croyances, de réflexion, il y a des symboles, des signes, tout un langage que la biologie est impuissante à expliquer. Si l'on veut connaître l'homme dans sa totalité, il faut le connaître non seulement par la biologie, mais également par la sociologie. Voilà le motif pour lequel la sociologie, bien davantage que la biologie, serait une science de l'homme, puisqu'elle étudie le contenu même de la pensée » (Dumas 1912: 1, souligné par moi).

19

« C'est avec Durkheim, avec Lévy-Bruhl, avec Mauss, avec Fauconnet, avec Davy et, d'une façon générale, avec l'École sociologique française, que la conception de Comte a été pliée aux conditions d'expérience qui devaient la féconder. … Pour elle, c'est la société qui crée nos sentiments religieux, nos sentiments moraux, nos sentiments de famille et toutes les tendances qui ne sont pas, comme la soif, l'instinct sexuel ou la faim, liées à des excitations organiques immédiates » (Dumas, 1924a, p. 1149). Ce chapitre a été publié aussi comme article dans la Revue philosophique (1922).

20

La correspondance entre ces deux auteurs se trouvent dans le Fonds Marcel Mauss, actuellement déposé au Collège de France. On ne dispose que de sept lettres de Dumas à Mauss et de quatre lettres de Mauss à Dumas. Ces onze lettres nous permettent d'esquisser les éléments d'un dialogue qui aura duré au moins trente ans, entre 1908 (voir Lettres entre Mauss et Dumas, Collège de France, Fonds Mauss, 57 CDF 61-24) et 1939 (voir ibid., 57 CDF 103-58).

21

On peut mentionner le Journal de psychologie normale et pathologique de Dumas qui, à partir de 1920, publie de nombreux sociologues, mais aussi la Société de psychologie, institution qui a eu Meillet, Mauss, Halbwachs et Lévy-Bruhl comme présidents. Voir Hirsch (2018).

22

Il faut rappeler qu'en 1924 de nombreuses initiatives, notamment celle de la création de l'Institut de sociologie, sont liées à la réception de moyens financiers de l'État. Voir J. Heilbron (1983) ; L. Pinto (2010).

23

Dumas va au Brésil en mission scientifique plusieurs fois à partir de 1908 et Lévy-Bruhl voyage avec lui et Pierre Janet en 1922. En 1927, c'est Paul Fauconnet qui va au Brésil, en mission scientifique, par l'Institut franco-brésilien d'haute culture, alors dirigé par Dumas.

24

Voir la correspondance entre Mauss et Dumas, Mauss et Delacroix, et Mauss et Meyerson aux Archives du Collège de France (Fonds Marcel Mauss) ; et à la Bibliothèque Victor Cousin (Fonds Henri Delacroix). Je remercie Noemí Pizarroso López et Thomas Hirsch pour m'avoir signalé ces archives. Pour une sélection de cette correspondance voir Consolim, M. et al. (à paraître).

27

Voir M. Fournier (1996) ; L. Mucchielli et Jacqueline Plunet-Despatin (1999) ; et J. Heilbron (1985).

28

Bouglé est devenu le directeur de l'École normale supérieure et encourage une « sociologie des valeurs » pour nuancer et adapter le trait dur de la sociologie durkheimienne (l'organisation sociale) au goût de la philosophie des années 1920. Voir Heilbron (1985).

29

La figure de Bouglé était très ambigüe comme l'attestent quelques études (voir Jean-Christophe Marcel (2001) et Vogt (1979)). Il veut trouver à la sociologie une fonction d'intégration sociale, l'orienter vers l'étude des problèmes sociaux les plus actuels, la diffuser parmi les autres sciences de l'homme et la propager hors de France par le rôle d'ambassadeur culturel qu'il joue dans plusieurs réseaux de coopération intellectuelle internationaux. Ce rôle montre combien il incarnait alors l'homme double – comme Dumas d'ailleurs.

30

Selon Heilbron (1985), les années 1920 représentent une période de transition entre la période fondatrice et novatrice de la fin du XIXe siècle et la période de constitution institutionnelle des disciplines, après 1945. Il n'est donc pas question de traiter la psychologie et la sociologie en tant que « disciplines ». Voir Hirsch (2016).

31

Son collègue psychologue et meilleur ami, Pierre Janet, a affirmé que son principal rôle fut celui de gestionnaire scientifique et non pas celui d'innovateur scientifique. Voir Discours de P. Janet prononcé à l'occasion du décès de Georges Dumas à l'Académie des sciences morales et politiques (1946).

32

Voir l'article de Dumas dans un livre publié par le Parti Radical en 1924. Voir Dumas (1924b). Sur la position de Mauss, voir Marcel Fournier et Jean Terrier (2013).

33

Cette lettre de 1920 ne figure pas dans les archives du Collège de France et a été publiée par Dumas lui-même (1923–1924) dans le Traité de Psychologie.

34

Maurice Halbwachs fait une distinction entre les « émotions », les réactions de type biologique, et les « sentiments », fonctions plus complexes et étudiées par la sociologie. Mais Mauss et Dumas ne discutent pas la différence entre les deux termes.

35

Ils ont tous été republiés dans le Traité de psychologie (1923) et dans le Nouveau traité de psychologie (1930–1948). L'article « L'interpsychologie » est une réélaboration de l'article « Contagion mentale » (Dumas, 1911). Je considère aussi dans ce dialogue la présentation du Traité de Psychologie – publiée dans ce cas en guise de « Conclusion » et sous forme « d'Introduction » dans le Nouveau traité de psychologie.

36

Les trois textes de Mauss concernant Dumas et qui ont été publiés au Journal de psychologie sont : « L'expression obligatoire des sentiments » (1921) ; « Effet physique chez l'individu de l'idée de mort suggérée par la collectivité (Australie, Nouvelle-Zélande) » (1926a) ; « Les techniques du corps » (1935). Dans l'article “Les parentés à plaisanteries” (1926), Mauss analyse l'expressions des émotions en tant que résultat de contraintes sociales, mais dans un style beaucoup plus hermétique parce que à destination des ethnologues et non pas des psychologues. Voir Mauss (1926b).

37

D'après Dumas : « il n'y a pas de démonstration, de persuasion, d'imitation qui se réalise sans la collaboration plus ou moins consciente des états collectifs, des croyances, des représentations et des connaissances communes, et du milieu social auquel participe le sujet qui exerce l'influence comme celui qui l'a subi. Il y a là un aide puissant dont il faut tenir compte et qui diminue d'autant le rôle effectif des procédés d'interactions. Bien mieux, il n'est pas douteux que, dans bien des cas, on a attribué à l'imitation ou à la suggestions réciproque des ressemblances qui sont le résultat d'une participation commune à un même état collectif » (Dumas 1920b : 532).

38

L'influence de la société sur les individus s'exerce au travers « de l'habitude et de l'éducation ». Les larmes se développent en tant que langage par une association fréquente avec la douleur morale. Ce qui a lieu même dans la solitude, si l'on considère que nous pleurons parce que nous représentons une scène de la vie sociale (Dumas, 1920a, p. 55).

39

« Il faut observer … que, si le sens de l'expression [des émotions] en général provient de sa racine biologique, la collectivité a accepté ce sens, l'a généralisé et l'a modifié, en plus d'avoir, dans de nombreux cas, créé par soi-même et à l'aide de ses propres forces (religions, coutumes, institutions) des gestes qui expriment les sentiments sur lesquels la biologie n'a rien de plus à dire » (Dumas, 1922, p. 57).

40

Il est possible de lire, dans « L'expression des émotions » : « Nous avons associé … l'explication sociale à l'explication physiologique, que nous croyons fécondes par elles-mêmes et par leur association. …. C'est à la pensée de Comte et à la direction qu'il a inaugurée dans l'explication des phénomènes psychologiques que nous restons fidèles » (Dumas 1923a, p. 641).

41

Par exemple, Dumas (1923a, p. 639–640) affirme : « nous subissons profondément, dans cette imitation de nous-mêmes, l'influence de modèles collectifs proposés ou imposés sans cesse à nos expressions émotionnelles par l'état de la civilisation dans laquelle nous vivons, par notre position sociale et notre éducation. …Nous sommes habitués, depuis l'enfance, à réfréner les mouvements excessifs ou malséants, à exécuter ceux qui sont admis, et, dans l'inhibition ou la dramatisation de notre mimique réflexe, nous subissons encore l'influence des modèles collectifs. …La collectivité pèse sur nous et nous impose ses schémas jusque dans la solitude ».

42

Le terme « imitation / suggestion », au sens large que lui donne Ribot, renvoie à l'idée de « réflexe idéomoteur » – un niveau intermédiaire entre l'instinct et la volonté « lorsque la représentation entraîne l'acte sans se voir freiné par un quelconque contrôle ou autorité de modération ». G. Dumas (1920b, p. 527–528).

43

« Comme l'a très bien fait remarquer Dumas, le rire et les larmes et, comme je l'ai moi-même rajouté, le cri, dans certains rituels, ne sont pas seulement des expressions de sentiments ; ce sont aussi en même temps, rigoureusement en même temps, des signes et des symboles collectifs ; et enfin, d'autre part, ce sont des manifestations de détentes organiques tout autant que des sentiments et des idées. » M. Mauss. « Allocution à la Société de psychologie », Journal de psychologie normale et pathologique, 20, 1923, p. 757.

44

La relation entre l'individu et la société passe, pour Mauss, par la notion d'habitus : « J'ai eu pendant des nombreuses années cette notion de la nature sociale de ‘l'habitus’. …Ces ‘habitudes’ varient non pas simplement avec les individus et leurs imitations, elles varient surtout avec les sociétés, les éducations, les convenances et les modes, les prestiges. Il faut y voir des techniques et l'ouvrage de la raison pratique collective et individuelle, là où on ne voit d'ordinaire que l'âme et ses facultés de répétition. » (Mauss 1935, p. 275).

45

Bien que Mauss attribue à l'individu, dans ce texte, les moments de création et de réforme, je suis d'accord avec Thomas Hirsch puisque Mauss lui-même corrige cette affirmation dans un texte postérieur : « Fragment d'un plan de sociologie générale descriptive ». Voir T. Hirsch (2016, p. 135–139) et Fournier (1994, p. 480–482).

46

« La notion de symbole – n'est-ce pas ? – elle est tout entière notre, issue de la religion et du droit. Voilà longtemps que Durkheim, et nous, enseignons qu'on ne peut communier et communiquer entre hommes que par des symboles. » (Mauss, 1924 p. 903–904).

47

« En résumé, ce qui frappe surtout, et que nous avons essayé d'établir, c'est que non seulement l'expression des émotions, mais à travers elle les émotions elles-mêmes sont pliées aux coutumes et aux traditions, et s'inspirent d'un conformisme à la fois extérieur et interne. Amour, haine, joie, douleur, crainte, colère, ont d'abord été éprouvés et manifestés en commun, sous forme de représentations collectives. C'est dans les groupes dont nous faisons partie que nous avons appris à les exprimer, mais aussi à les ressentir » (Halbwachs, 2015, p. 231–232). Ce texte a été publié en 1947 dans le Journal de psychologie normale et pathologique. Voir la présentation de Thomas Hirsch (2015) dans ce livre et des remarques très importantes sur la position orthodoxe de Halbwachs.

48

« Il est donc bien difficile de discerner ce qui en nous est purement individuel et à partir de quel point nous sommes marqués de l'empreinte sociale. Mais il reste que tout ce qui en nous n'est pas réaction organique ou simple retentissement d'une telle réaction, tout ce qui est détermination proprement dite, sentiment ou idée, n'a pu venir enrichir notre individualité, incapable elle-même de se dépasser, que par la vertu des influences sociales. » (Davy, 1924, p. 796).

49

« Conclusion : la mécanique motrice [de la mimique] est de tous points comparables au langage. Comme le langage c'est un fait social qui préexiste à l'individu et lui survit. Comme le langage elle constitue un système de signes qui s'impose à tous par la nécessité de se faire comprendre » (Bouglé, 1934, p. 147).

50

« L'explication sociologique complète, disions-nous, la physiologique. Mais en même temps elle la limite. D'où, à côté de la collaboration, une concurrence latente, et des luttes d'influence dont on retrouverait les traces presque à toutes les pages du Traité de G. Dumas. Et c'est peut-être ce qui en fait le vif intérêt » (Bouglé, 1935, p. 28).

51

Voir aussi les critiques dirigées à l'encontre de Mauss lors de sa conférence à la Société de psychologie et publiées suite à la publication de sa conférence (1924, p. 917–992) dans le Journal de psychologie. Une partie de cette discussion a été publiée dans l'œuvre Sociologie et Anthropologie de Mauss (1950, p. 309–310), mais l'édition de Gurvitch a supprimé les interventions de Henri Piéron et de Georges Dumas et a laissé seulement l'intervention de Meyerson en supprimant son nom.

52

Pour les critiques plus détaillées de Meyerson et de Piéron à Mauss, voir Parot (2000).

53

« Mais voici que le Traité de psychologie, publié sous la direction de M. Georges Dumas, se réclame expressément de l'inspiration sociologique de Comte et de Durkheim. La psychologie individuelle semble devoir se limiter à une étude physiologique des réactions organiques. Tout le reste, tout ce qui est proprement conscience, est social en son origine et son développement » (Déat, 1926b, p. 86). Marcel Déat (1895–1955) a suivi les cours de l'École normale supérieure et était titulaire d'une agrégation en philosophie. Il était le secrétaire de Bouglé au Centre de documentation sociale de l'École normale et était aussi collaborateur de L'Année sociologique pendant sa deuxième série. Il a été élu député socialiste en 1926. Voir T. Hirsch (2016, 139–141). Pour une analyse sur Essertier, voir M. Joly (2017, p. 133–149).

54

Ces auteurs voulaient profiter de l'idée de « l'homme total » de Mauss tout en modifiant cette proposition de collaboration scientifique à leur gré. Pour faire ce changement d'une manière subtile, ils ont donné une image changeante de Mauss : « Entre le point de départ, qu'on peut fixer approximativement à la publication des Règles de la méthode sociologique (1895), et le point d'arrivée, qui est la communication présidentielle de M. Mauss à la Société de psychologie en 1924, il y a la lente épreuve de vérité que le temps a fait subir à des notions – spécificité psychologique du social et conscience collective – illégitimement issues des plus légitimes, et des plus fécondes, exigences de méthode, et la récupération graduelle, par la psychologie, des domaines qu'elle avait abandonnés » (Essertier, 1927, p. 25). Et pour Déat : « Cette collaboration promet de ne plus cesser, et Marcel Mauss s'est efforcé d'en donner la formule (allocution à la Société de psychologie). Le sociologue, a-t-il noté, rencontre en son enquête ce qu'on peut appeler l'homme total, et de cette considération de la totalité psychologique individuelle résulte une conjonction naturelle des travaux » (Déat, 1925c, p. 233).

55

Donc, la récupération de Le Play et la valorisation des procédures de l'enquête – « l'interrogation des consciences individuelles » – ont été entreprises vers 1925, c'est-à-dire, avant la donation de la bibliothèque du Musée social au Centre de documentation sociale en 1930 (Marcel, 1997, p. 316–324). Par conséquent, les analyses sur le rôle de Le Play au sein du CDS doivent considérer aussi le contexte des années 1920. Dans son Bilan, Bouglé (1935) répondra à la critique de Lacombe soutenant le concept de « conscience collective » de Durkheim.

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Contributor Notes

Marcia Consolim est professeur associé au Département de sciences sociales de l'Université Fédérale de São Paulo (UNIFESP). Son domaine de recherche se concentre sur l'histoire sociale des sciences humaines et sociales. Ses publications dans ce domaine portent sur les rapports entre la sociologie et de la psychologie en France, ainsi que sur des trajectoires d'intellectuels français pendant la Troisième République. Ses recherches actuelles se concentrent sur la circulation internationale d'intellectuels et la réception de théories sociales françaises et américaines au Brésil pendant la première moitié du XXe siècle. Elle a dirigé deux volumes dans la collection Biblioteca Durkheimiana – Durkheim (2016) et Mauss (2018).

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