Quatrième Forum mondial sur le développement économique local

Vers la réduction des inégalités croissantes?

in Regions and Cohesion

Résumé

Cet article tente de donner un aperçu des principaux moments de l’organisation et du déroulement du quatrième Forum mondial sur le développement économique local (4èFMDEL) qui s’est tenu dans la ville de Praia (République de Cabo Verde), du 17 au 20 octobre 2017. Durant ces mémorables assises, des réflexions extrêmement pertinentes ont été menées sur les thèmes préalablement identifiés sur le développement économique local par le Comité scientifique du Forum. En outre, la liberté d’expression qui a prévalu durant les échanges, a permis à tous les participants d’exprimer leurs idées et leurs convictions sans aucune restriction. Le 4èFMDEL s’est penché sur la problématique du développement durable et a proposé des pistes visant la concrétisation des objectifs. Que restera-t-il des engagements pris à Praia ? La question reste posée.

Le développement doit être inclusif et global. Ces deux caractéristiques représentent un impératif essentiel à considérer avec la plus grande attention pour permettre aux politiques mises en œuvre de contribuer significativement à l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) fixés en 2015 par l’Organisation des nations unies (ONU). Le succès qu’enregistreront les ODD sera avant tout une question de volonté politique et citoyenne de la part de l’ensemble des acteurs concernés.

Les ODD nous interpellent toutes et tous dans un monde en crise profonde et où, malgré les avancées importantes effectuées dans les domaines scientifiques, socio-économique et politique, l’écrasante majorité de la population mondiale vivant dans les pays en développement n’a toujours pas accès à une éducation de qualité, aux services sociaux de base et à une justice équitable. Ainsi, le phénomène grandissant du chômage des jeunes et de l’immigration clandestine des jeunes en provenance des pays d’Afrique subsaharienne—deux faits majeurs qui expriment l’immense désarroi de la part de cette importante frange de la population face à son avenir—ont été largement abordés lors du Forum, de même que toutes les questions portant sur la paix, la sécurité et la montée du terrorisme dans le monde.

L’atteinte des ODD: entre espoirs et incertitudes

Le développement est un vaste concept englobant l’ensemble des secteurs de l’activité humaine. Le développement durable, également qualifié de développement soutenable, peut être défini comme une série de principes structurés ayant été conçus pour répondre aux attentes du développement humain.

Comment est né le concept de développement durable ?

Selon l’Université de Nîmes, «Le concept même de développement durable fit sa première apparition lors de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement qui eut lieu en 1987, dans le rapport Brundtland. Il est défini comme « un développement susceptible de satisfaire les besoins de la génération actuelle sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs ». Il s’agit par conséquent de placer la personne humaine au centre des politiques de développement et de mener des actions concertées visant à protéger la planète pour permettre aux prochaines générations de vivre dans un environnement sain, protégé et protecteur.

C’est dans cet esprit que les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), au nombre de huit, ont été adoptés à New York en 2000 par 193 états membres des Nations unies. En 2015, les Objectifs de développement durable (ODD), consistant cette fois en dix-sept objectifs assortis de 169 cibles, succèdent aux OMD.

Les ODD, qui doivent être atteints avant 2030, sont les suivants :

  1. (1)Mettre fin à la pauvreté sous toutes ses formes partout
  2. (2)En finir avec la faim, atteindre la sécurité alimentaire et améliorer la nutrition, et promouvoir une agriculture durable
  3. (3)Assurer des vies en bonne santé et promouvoir le bien-être pour tous à tous les âges
  4. (4)Assurer une éducation de qualité inclusive et équitable et promouvoir des opportunités d’apprentissage tout au long de la vie pour tous
  5. (5)Atteindre l’égalité de genres et autonomiser toutes les femmes et les filles
  6. (6)Assurer la disponibilité et la gestion durable de l’eau et de l’assainissement pour tous
  7. (7)Assurer l’accès à une énergie abordable, fiable, durable et moderne pour tous
  8. (8)Promouvoir une croissance économique soutenue, inclusive et durable, un plein emploi productif et un travail décent pour tous
  9. (9)Construire des infrastructures résilientes, promouvoir une industrialisation inclusive et durable et favoriser l’innovationRéduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre
  10. (10)Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre
  11. (11)Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables
  12. (12)Établir des modes de consommation et de production durables
  13. (13)Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions
  14. (14)Conserver et utiliser durablement les océans, les mers et les ressources marines pour un développement durable
  15. (15)Protéger, restaurer et promouvoir l’utilisation durable des écosystèmes terrestres, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, stopper et inverser la dégradation des terres et mettre fin à la perte de biodiversité
  16. (16)Promouvoir des sociétés pacifiques et inclusives pour un développement durable, fournir un accès à la justice pour tous et établir des institutions efficaces, responsables et inclusives à tous les niveaux
  17. (17)Renforcer les moyens de mise en œuvre et revitaliser le partenariat mondial pour le développement durable
Indubitablement, ces objectifs peuvent conduire à la réduction des inégalités croissantes dans le monde, constat alarmant qui a amené les organisateurs du Forum à ériger cette préoccupation en thème central pour alimenter les débats. En effet, le thème retenu pour l’édition 2017 s’intitule : « Le développement économique local en tant que cadre global pour définir les objectifs de développement durable : répondre aux inégalités croissantes ». Dès lors, quelles stratégies adopter pour réduire les inégalités persistantes à l’intérieur et entre les différents territoires ?

Même si le nombre des ODD a été jugé excessivement élevé par certains acteurs étatiques et de la société civile, il est évident que tout n’est pas dit, que toutes les attentes n’ont pas été identifiées. Loin s’en faut. Par conséquent, nous avons voulu mettre en exergue les points suivants afin qu’ils puissent être pris en compte dans le processus de mise en œuvre des politiques visant à la réalisation des objectifs au niveau des régions, des pays et des localités les plus défavorisés :

  1. (1)Promouvoir la bonne gouvernance ainsi que le respect des principes démocratiques et de l’État de droit ;
  2. (2)Assurer le partage équitable des dividendes de la croissance économique ;
  3. (3)Garantir l’accès à l’électricité pour tous. Le développement économique de l’Afrique en particulier est fortement impacté par le manque en ressources énergétiques ;
  4. (4)Réduire la fracture numérique entre les localités, les pays et les régions ;
  5. (5)Développer les moyens de transport à l’échelle locale, nationale, régionale et continentale ;
  6. (6)Impliquer l’enseignement supérieur dans l’implémentation des ODD en plaçant d’une part les universités et les centres de recherche au service du développement durable, et d’autre part, en donnant aux enseignants-chercheurs la possibilité d’œuvrer comme des acteurs clés du développement local.

Les efforts de la communauté internationale pour réduire la fracture sociale sont à saluer. Toutefois, au regard de la situation socio-économique peu reluisante qui prévaut dans les pays les moins avancés, notamment ceux d’Afrique Subsaharienne, même si certains parviennent à se distinguer de la norme, force est de constater que la date butoir de 2030 fixée pour atteindre ces ODD est, à moins d’un miracle, illusoire.

Défis et perspectives du quatrième Forum mondial de développement économique local

C’est au terme de la tenue en 2015 à Turin, en Italie, du troisième Forum mondial sur le développement économique local, que la République de Cabo Verde a été désignée pour abriter la quatrième édition du Forum en 2017. La ville de Praia, capitale de la République de Cabo Verde a, sur cette décision unanime, accueilli, du 17 au 20 octobre 2017, le quatrième Forum mondial pour le développement économique local (4èFMDEL). Véritable enjeu national, la tenue réussie du Forum a permis à l’État de Cabo Verde de prouver au monde entier sa capacité à organiser un évènement de cette envergure. En somme, le Forum a été un test grandeur nature pour l’état insulaire de 4000 km2, situé sur l’Océan Atlantique à 570 km des côtes du Sénégal, comptant une population de 549,414 habitants (au 8 décembre 2017) répartie sur dix îles différentes avec une densité globale de 124 personnes par km2. En pourcentage, la population est urbaine à hauteur de 62.58% et rurale à hauteur de 37.42%. 30.92% de la population est âgée de moins de 15 ans.

Organisé par le gouvernement de Cabo Verde en partenariat avec le réseau de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU) et son groupe de travail sur le développement économique local, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’Organisation internationale du travail (OIT), le Fonds andalou des municipalités pour la solidarité internationale (FAMSI), le Service brésilien d’appui aux PME (SEBRAE) ainsi que la municipalité et la ville métropolitaine de Turin, le quatrième FMDEL a effectivement tenu toutes ses promesses.

Pour la réalisation de cette quatrième édition, plus de 600 employés, vingt entreprises et institutions publiques ont été impliqués. Une équipe de trente-huit rédacteurs a suivi et retranscrit toutes les séances, et quarante-huit interprètes ont assuré la traduction simultanée des sessions en anglais, en français, en portugais et en espagnol, ainsi que soixante-dix volontaires provenant de structures universitaires nationales. Sur le plan de la sécurité, 800 agents de la police nationale, appuyés par les pompiers de la ville de Praia, de São Domingos et de Ribeira Grande de Santiago ont assuré la protection des personnes et des biens sur les lieux du Forum et d’hébergement.

L’évènement a enregistré la participation effective du Président de la République Jorge Carlos Fonseca, du Premier Ministre Ulisses Correia e Silva, des membres du Gouvernement de Cabo et de l’ancien Président Pedro Pires, ainsi que de celle des Ministres de Côte d’Ivoire, d’Angola, de Mauritanie, de Bolivie, de Mme Fekitamoeloa Katoa, Haut représentant des Nations unies pour les petits États insulaires en développement, représentant le Secrétaire Général António Guterres, du Commissaire Mamadou Traoré de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en charge des politiques macroéconomiques, représentant le Président de la Commission et des délégués d’organisations de la société civile, des universités, des autorités locales et du secteur privé. Selon les statistiques communiquées par la Commission nationale d’organisation du Forum, l’évènement a mobilisé 2 800 participants dont 2 200 nationaux et 600 originaires de quatre-vingt-cinq pays d’Afrique, d’Europe d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Amérique Latine.

Plateforme par excellence de réflexion et de dialogue entre les acteurs en provenance des secteurs ci-dessus cités, le Forum, qui se déroulait pour la première fois dans un pays africain, a offert l’opportunité aux différents acteurs d’échanger leurs expériences en matière de bonnes pratiques pour atteindre le développement économique au niveau local, le dénominateur commun des échanges étant la mise en œuvre au niveau national et local des objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030.

Membre fondateur de la CEDEAO, la République de Cabo Verde est le seul état insulaire de l’organisation intergouvernementale créée le 28 mai 1975 et incluant quinze états d’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO est la principale structure destinée à coordonner les actions des pays de l’Afrique de l’Ouest. L’objectif principal de la CEDEAO est de promouvoir la coopération et l’intégration avec à la clé l’établissement d’une union économique et monétaire ouest-africaine. En 1990, face aux guerres civiles en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée Bissau, le pouvoir de la CEDEAO est étendu au maintien de la stabilité régionale avec la création de l’ECOMOG, un groupe militaire d’intervention dont le mandat devient permanent à partir de 1999.

Des pays aux ressources économiques et démographiques nettement distinctes cohabitent sur l’espace CEDEAO, région aux potentialités économiques énormes, mais largement sous exploitées. Cependant, si le Nigéria, au regard de l’importance de ses ressources démographiques (55% de la population de la région) et de son potentiel économique (48% du PIB régional), se présente comme la locomotive économique, le revenu le plus élevé par tête d’habitant revient au Cabo Verde avec 3000 US$.

Sur le plan politique, l’Etat cab verdien est cité comme un exemple de transition démocratique réussie, de bonne gouvernance, de respect des droits humains et des principes démocratiques et également de gestion transparente sur la base de politiques macroéconomiques efficaces. L’économie du pays est essentiellement axée sur le tourisme, l’agriculture et la pêche. Le développement et l’innovation de l’agriculture et du secteur rural représentent l’une des priorités pour le Gouvernement.

Pour revenir au Forum, quatre jours d’affilée, plus de 200 orateurs ont animé cinquante panels interactifs sur des thèmes aussi riches que variés visant dans leur ensemble l’émergence de politiques publiques adaptées au contexte local et permettant de générer une croissance inclusive et durable, une cohésion territoriale renforcée en vue d’améliorer les conditions de vie et de travail des populations.

Aussi, les concertations ont été axées sur les six lignes thématiques suivantes :

  • Ligne thématique 1, sous-thème 1 : Politiques et cadres habilitants pour la cohésion socio-économique et territoriale
  • Ligne thématique 1, sous-thème 2 : Développement rural intégré comme moyen de compétitivité régionale et/avec l’égalité territoriale
  • Ligne thématique 2, sous-thème 1 : Consolidation de la paix dans les contextes de conflit et après-conflit
  • Ligne thématique 2, sous-thème 2 : Politiques habilitantes et rôle des GLR dans la construction de sociétés intégrées et cohérentes à travers le DEL
  • Ligne thématique 3, sous-thème 1 : Economie sociale et solidaire (ESS) et autres paradigmes économiques alternatifs
  • Ligne thématique 3, sous-thème 2 : Modèles d’urbanisation inclusifs et durables : un nouveau paradigme pour l’engagement du secteur privé
  • Focus spécial : Petits états insulaires en développement (PEID)

Pour donner corps aux réflexions, les thèmes suivants ont été établis :

  • L’urbanisation durable et le développement économique local: défis et opportunités pour les gouvernements locaux et régionaux
  • L’économie informelle, entre la régularisation et accès dans les phases de transition ;
  • Le potentiel des économies circulaires ;
  • Le développement économique local dans les situations de conflit.

L’un des faits marquants pour le Gouvernement de Cabo Verde a été la signature, le 18 octobre, d’un protocole de coopération entre l’Association nationale des municipalités de Cabo Verde (ANMCV) et ses homologues du Brésil, d’Andalousie (Espagne) et d’Italie. Un autre fait majeur a été la déclaration du Premier Ministre Ulisses Correia e Silva axée sur l’éradication totale de la pauvreté sur la totalité du territoire national et la mise en œuvre immédiate d’actions concrètes en vue de connecter chacune des dix îles au monde et de mener la croissance annuelle à 7%.

Le Forum a pris fin avec la Déclaration de Praia, sur une note d’espoir : celui que tous les moyens seront mis en œuvre par la totalité des acteurs pour promouvoir le développement économique global à partir d’une approche locale. La Commission de rédaction chargée de rédiger le rapport du Forum rendra public en temps opportun les résultats obtenus au terme de la tenue de ces importantes assises.

Conclusion

Il est vital que les résolutions prises durant les travaux du quatrième FMDEL ne restent pas «lettres mortes». À cet effet, la Déclaration de Praia doit faire l’objet d’un suivi rigoureux et d’une évaluation à chaque étape. Il s’agit concrètement de prendre des mesures politiques courageuses et des textes législatifs et règlementaires appropriés afin de réduire les inégalités à tous les niveaux et permettre l’émergence d’un monde meilleur dans lequel chaque personne pourra s’épanouir socialement et professionnellement.

RÉFÉRENCES ET SOURCES CONSULTÉES

The 4th World Forum on Local Economic Development: An important step towards the reduction of increasing inequalities around the world

Djénéba Traoré

Abstract: This article gives an overview of the organization and execution of the 4th World Forum for Local Economic Development in Praia (Republic of Cabo Verde) from 17 to 20 October 2017. During the Forum, relevant reflections were made on themes pertaining to local economic development. The freedom of expression during the exchanges allowed participants to express ideas and beliefs without restrictions. The aim of the SDGs is to measure the importance and scope of the objectives that have been developed by a Working Group of representatives of 70 countries at the collective and individual levels. The Forum looked into the issue of sustainable development and proposed ways to operationalize these objectives. What will remain of the engagements taken in Praia? This remains to be seen.

Keywords: 4th World Forum for Local Economic Development, Cabo Verde, ECOWAS, SDG Challenges and Perspectives

Cuarto Foro Global sobre Desarrollo Económico Local: un paso importante para reducir las crecientes desigualdades en el mundo

Djénéba Traoré

Resumen: Este artículo intenta dar una visión general de los principales momentos de la organización y el desarrollo del Cuarto Foro Mundial sobre Desarrollo Económico Local (4FMDEL) celebrado en la ciudad de Praia (República de Cabo Verde), del 17 al 20 de octubre de 2017. Durante estas reuniones memorables, el Comité Científico del Foro realizó reflexiones relevantes sobre los temas previamente identificados sobre el desarrollo económico local. Además, la libertad de expresión que prevaleció durante los intercambios permitió a todos los participantes expresar sus ideas y creencias sin ninguna restricción. 4FMDEL examinó la cuestión del desarrollo sostenible y propuso nuevas estratégias para lograr los objetivos. La autora se pregunta ¿Qué quedará de los compromisos hechos en Praia?

Palabras clave: 4FMDEL, Cabo Verde, desafíos y perspectivas de los Objetivos del Desarrollo Sustentable, ECOWAS

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Contributor Notes

DJÉNÉBA TRAORÉ est actuellement Directrice Générale de l’Institut de l’Afrique de l’Ouest (IAO), Praia, République de Cabo Verde. Elle est titulaire d’un Doctorat (PhD) de la Faculté des Sciences Sociales de l’Université Humboldt de Berlin (Allemagne), d’un DESS en Intégration Pédagogique des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) de la Faculté des Études Supérieures de l’Université de Montréal (Canada) et d’une Maîtrise en Allemand, spécialité Littérature de l’École Normale Supérieure de Bamako (Mali). E-mail : Djeneba.Traore@iao.gov.cv

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Regiones y Cohesión / Régions et Cohésion